Indymedia Grenoble

La race ça t’agace ?

dimanche 13 août 2017 par anonyme

[Féminisme / Genres / Sexualités] [Antifascisme] [Autres infos]

Pour rappel, le 28 octobre 2016 à Mille Bâbords, un groupe de personnes racisées s’est organisé pour empêcher une « discussion » animée par des auto-dénommés « anti-racialisateurs » (cf leurs textes [1]) autour de ce qu’ils appellent les dangers du « racialisme ». C’est le paroxysme d’un conflit qui dure depuis deux ans et qui s’est traduit notamment par des départs des collectifs de Mille Bâbords et de Mars Info à Marseille, mais aussi du Rémouleur à Paris.

Nous ne souhaitons pas nous adresser aux « anti-racialisateurs ». Nous nous adressons plutôt ici à toutes les personnes qui ont participé à la diffusion de leurs idées, et à celles qui n’ont pas été choquées par leurs publications sur des sites d’info et d’organisation politique. Nous ne pouvons que constater que ces personnes sont à notre connaissance toutes blanches et que cela n’est pas anodin, même si, bien sûr, loin de nous l’idée de déduire leur position de leur couleur de peau.

L’arrogance avec laquelle la « polémique » a été écrite, dite, publiée est impressionnante : sans prendre le temps de se taire, d’essayer de comprendre, d’écouter ce que les personnes concernées ont à dire de l’oppression qu’elles vivent.

Il nous semblait nécessaire, en tant que blanches, féministes et dans une perspective révolutionnaire, de nous désolidariser de ce milieu politique qui n’a pas su intégrer dans ses luttes les analyses post-coloniales (et parfois aussi féministes). D’expliquer, une fois de plus, que ces « anti-racialisateurs » et ceux qui diffusent leurs idées ne peuvent pas être nos camarades.

Le contenu de ce texte est sans prétention, il redit de manière succincte des choses beaucoup mieux développées par des personnes directement concernées par le racisme et qui ont passé beaucoup plus de temps à analyser cette domination, à lutter contre.


De l’usage du terme « race et de privilège

Il semblerait que le refus systématique d’utiliser les termes de race/ racisé.es soit dû à un malentendu tenace, à un manque de curiosité intellectuelle, ou bien encore à une mauvaise foi impressionnante et exaspérante.

On a lu quelque part que les personnes racisées se racisent elles-mêmes.

Ouaaaah !

Alors récapitulons : la racisation est un processus que des personnes subissent. C’est le processus par lequel elles se voient attribuer une supposée race en fonction de certains critères physiques et/ou culturels. Dire que les personnes se racisent elles-même est le comble du contre-sens !

Ce processus de racisation est un pivot important dans un système raciste, et nous vient de notre histoire esclavagiste et coloniale, de nos missions humanitaires etc... c’est le système de pensée « blanc » qui racise les gens, qui leur attribue des étiquettes, des particularités, et ce sont nous, les blanc·he·s, qui gardons le pouvoir de classifier et de hiérarchiser [2]. On ne nous a jamais appris qu’on était blanc·he·s, on nous a dit qu’on était des Hommes, plus précisément l’Homme drapé dans un universalisme qui, en plus d’avoir la prétention de parler à tous.tes, a aussi celle de parler pour tou·te·s.

Des personnes se disant anti-racialisatrices et anti-racistes remettent en cause l’utilisation des termes de race et racisé·e. Le hic quand ces personnes parlent de race, c’est qu’elles font référence à la race qui essentialise [3], la race que les scientifiques ont essayé d’inventer puis qui est tombée « scientifiquement » du côté du faux, la vilaine race des fachos.

Quand d’autres parlent de race (en particulier des personnes non-blanches), il s’agit d’une réalité sociale, et non naturelle ; iels parlent d’un élément important qui permet de classer, et de dominer les personnes sur l’échelle sociale.

De là viendrait le contre-sens...

Sans déconner !

Nous avons trop d’estime pour les capacités intellectuelles des militant·e·s concerné·e·s pour le croire. Si ça bloque, c’est pas pour préserver LA révolution en évitant que la lutte ne soit morcelée.

C’est que c’est trop difficile d’accepter de voir qu’on jouit du privilège blanc, qu’on jouit d’une place de privilégié.es dans les « mouvements révolutionnaires » et dans la société en général.

Le privilège blanc, dans un contexte de luttes, c’est par exemple, prendre de la place en réunion sans se faire couper la parole, être écouté·e avec intérêt (et non comme faire-valoir), ne pas être renvoyé·e à ses supposées origines par ses camarades. C’est aussi moins risquer de se faire arrêter, de subir des violences policières, moins risquer devant les juges.

Le terme de privilège décale la « normalité » de ce que vivent les personnes en position de force, qu’on appelle ici les dominant·e·s, sans pour autant que ces personnes s’inscrivent dans des rapports de force explicites ou conscients ou actifs. Malgré ce qu’on voudrait croire, être écouté·e dans une réunion n’est pas « normal », c’est le résultat de multiples facteurs (variables selon les contextes) : l’expérience, le genre, le capital culturel... et aussi la race.

Le capitalisme n’est pas le seul système de domination

À chaque fois qu’un groupe minorisé parle d’un autre système d’oppression que celui du capitalisme il se fait accuser de diviser la classe ouvrière !

Ce reproche fait au féminisme dans les réunions du parti communiste des années 50 est devenu l’un des arguments qui justifient la publication sur internet des textes des « anti-racialisateurs » : les personnes racisées (personnes qui subissent le racisme ) qui s’organisent ou osent tout simplement parler de leur oppression spécifique sont attaquées, ces derniers temps du moins, avec nettement plus d’agressivité.

Observation : quand un groupe non-dominant exprime un désaccord profond, quand il veut mettre un terme à la domination qu’il subit, et qu’il s’organise pour la contrer, il se fait immanquablement traiter d’anti-révolutionnaire et de... nazi [4].

Il n’y a pas d’un côté les rapports de classe qui renvoient à l’instance économique et de l’autre le patriarcat et le racisme qui renvoient à une instance purement idéologique.

Il y a une tendance à psychologiser, individualiser le sexisme et le racisme : une homme battrait sa femme parce qu’il est alcoolique, un français identitaire serait raciste parce qu’il est phobique de la différence, qu’il a peur de se faire envahir, ou parce qu’il croit aux théories scientifiques racialistes. Non, les rapports de classe de sexe et de race sont socialement construits, ce sont des systèmes de dominations qui s’articulent et s’alimentent entre eux, et chacun possède ses propres instances qui exploitent, dominent et oppriment.

Certain.es pensent que puisqu’un homme racisé comme Obama, ou qu’une femme comme Thatcher peuvent gouverner les principales puissances mondiales, alors le capitalisme s’arrangerait bien du racisme et du sexisme. Certes, le fait de faire partie de l’élite économique met à l’abri de la violence économique. Mais, bien que ça transforme les violences sexistes et racistes, ça ne les fait pas disparaître. En témoignent les agressions sexuelles (affaire Beaupin) et racistes (insultes adressées à Taubira) subies par des femmes de l’élite politique française. Rappelons quand même que l’élite économique et politique européenne reste majoritairement composée d’hommes blancs, et que le racisme et le sexisme structurent nos sociétés, quelles que soient les politiques de « parité » mises en place, et les exceptions mises en avant.

Identités ?

À ce reproche de créer la division « du mouvement » vient s’ajouter celui du repli identitaire. Les mots utilisés semblent bien tout droits sortis de la bouche de Finkielkraut. C’est assez fascinant à quel point les argumentaires utilisés rejoignent ceux des républicains laïcards, et de l’extrême droite : La peur de l’identitarisme, des communautarismes etc etc.

Ah oui ça, ça fait peur ! Il suffit de s’organiser de manière autonome pour voir surgir le spectre du repli identitaire.

Le terme de « racisé·e·s » en l’occurence est loin de se référer à une identité, à l’inverse du terme « noir·e » ou « gouine ». Il permet de visibiliser des personnes qui ont pour vécu commun le racisme dans le contexte européen/américain.

Certains usages de l’identité ne sont pas souhaitables, avant tout quand elles sont faites par les dominant.e.s, mais aussi quand elles essentialisent l’identité, quand elles produisent une victimisation ou une hiérarchisation des luttes.

Et pourtant, poser des mots sur différentes identités permet aussi de lutter contre la moulinette qui broie à tous les niveaux, de l’exploitation salariale, à l’exploitation patriarcale en passant par l’universalisme qu’il soit républicain ou soi-disant révolutionnaire. Ces identités ne sont pas des sofas sur lesquels on s’affale, ce sont des balises de positionnement sur la pyramide sociale, pour la dézinguer.

Sous prétexte de maintenir l’unité révolutionnaire ou républicaine on ne peut pas lutter contre des dominations sans nommer les identités qu’elles produisent.

S’il y a des personnes qui ont réfléchi et critiqué cette question d’identité c’est bien certain.e.s anti-colonialistes, queers et féministes [5].

Eh oui il y a de nombreux livres passionnants à lire [6] plutôt que de s’attarder sur la littérature du PIR (dont il n’est pas l’objet de faire une analyse critique ici, mais d’autres s’en chargent très bien [7]).

Si vous voulez on peut s’en tenir pour l’instant à Wikipédia :

On parle d’identité sociale dès qu’un individu ou un groupe se voit attribuer une caractéristique identitaire par d’autres. Cette forme d’identification répond à une logique classificatoire dans la mesure où elle permet à un individu ou un groupe d’ordonner l’Autre sur la base de critères dominants. »

Mon identité sociale est (entre autres choses) d’être une femme. Je suis femme c’est-à-dire que le patriarcat a décidé que j’étais une femme et se préoccupe de me le rappeler tous les jours, c’est quelque chose que je subis car cette identité me fait appartenir à une classe de dominées [8].

La société ne m’attribue pas une identité de blanche car elle ne nomme pas la norme : lorsqu’on dit blanc·he on ne parle pas d’une couleur mais de transparence sociale. Je suis pourtant blanche c’est-à-dire que le système raciste a créé cette différence entre non-blanc·he et blanc·he qui me permet de jouir de certains privilèges et d’exercer un pouvoir sur d’autres [9].

En d’autres termes, je me retrouve dans une position de dominante -même malgré moi.

C’est un privilège des dominant·e·s de ne pas avoir d’identité, à l’exception des « identitaires » qui, eux, vont revendiquer une identité de dominant·e·s (blanche et chrétienne) comme si celle-ci était menacée par la « mondialisation » [10].

Et c’est encore plus compliqué car je ne suis pas femme et par ailleurs blanche : je suis les deux à la fois [11] et donc, par exemple, le sexisme que je subis est un sexisme destiné aux femmes blanches : par exemple l’accès à la contraception et l’avortement est un enjeu politique pour moi (il s’agit toujours d’un combat majeur du féminisme blanc), alors que pour certaines femmes racisées [12] c’est justement le fait de ne pas se faire stériliser de force ou discriminer en tant que mère de famille nombreuse qui pourrait être le fruit d’un combat.

On pense l’identité comme un processus personnel [...] : « ce que je pense que je suis ». L’acception personnelle de l’identité suggère que bien qu’elle soit résolument collective, elle n’en reste pas moins un « choix individuel, ce qui laisse à l’individu un rôle essentiel d’acteur » (Wikipédia)

À ce stade, j’aimerais beaucoup pouvoir refuser d’être une femme, dans le sens de refuser le rôle de soumission qui m’est assigné. J’aimerais aussi refuser d’être blanche, ne pas accepter de jouer ce rôle de dominante. Je (une personne cis [13]) serais alors dans cette posture anti-identitaire typique du « militant révolutionnaire », me prétendant bien au-dessus de tout ça.

Mais, c’est là où le bât blesse, il ne peut pas y avoir de reconnaissance collective de ce refus : mon employeur me percevra toujours comme femme et blanche (alternativement discriminée et privilégiée). Et en plus, je suis bien désolée de reconnaître qu’à force qu’on me répète que je suis femme et que les personnes racisées sont les Autres, inférieurs ou inexistants, j’ai fini par intérioriser cette idéologie raciste et patriarcale.

Et je la rejoue moi-même régulièrement bien malgré moi !

Certain.es proposent de travailler à déconstruire cette intériorisation des systèmes de domination [14] mais il ne peut s’agir simplement de faire sa petite introspection personnelle mais bien de comprendre comment on peut s’organiser collectivement : les deux sont essentiels.

Si je veux lutter contre le système raciste alors que je suis blanche, je cours donc toujours le risque de reproduire du racisme en tant que dominante à l’intérieur de cette lutte et donc de la miner de l’intérieur.

Se situer dans la lutte en tant que personne dominante

Si je veux agir politiquement (et donc avec les autres), poser un rapport de force qui me permette de faire face aux systèmes dominants, sans reproduire à l’intérieur des luttes les dominations que je dénonce, j’ai besoin de me situer.

C’est-à-dire préciser si un système m’opprime ou s’il m’octroie des privilèges.

Par exemple, si une personne parle de précarité ça peut être intéressant qu’elle précise qu’elle est riche, plutôt que de laisser croire qu’elle fait partie des précaires. Il ne s’agit pas de dire que les dominant·e·s, n’ont pas la légitimité pour parler d’un système dont ils tirent bénéfice, ni de dire qu’un·e dominé·e « possède par essence un privilège de vérité, ou un « super-pouvoir » de vision » [15].

Par contre, afin de sortir du schéma où ce sont toujours des hommes cis blancs et bourgeois qui vont produire du discours, même révolutionnaire, en se croyant objectifs et extérieurs aux enjeux de domination, il nous semble utile et nécessaire de préciser de quels points de vue, de quelles subjectivités on part.

Celleux qui critiquent la démarche de se situer sont pourtant les premier.es à le faire : À la devise « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !... », pourquoi nous n’entendons personne répondre : « Prolétaires ? Mais quel communautarisme infâme ! »

On pense aux bons vieux tracts d’un collectif de soutien à des inculpés : « nous sommes tous (sous-entendu nous aussi, tout comme les sans papiers) exploités, fichés, enfermés... ».

C’est drôle de se dire que là personne ne pousse des hauts cris : « Exploités ? Mais c’est du repli identitaire que de se définir comme exploités ! ».

Parce que dans un certain milieu on a le droit de dire qu’on subit de l’exploitation, mais par contre proposer un mot - racisé - qui permet de parler des gens qui subissent du racisme, ça non, sûrement pas !

On rigolera sur le « nous sommes tous » qui vient encore une fois nier qu’il y a des personnes qui s’en sortent mieux que d’autres, et même qui oppressent les autres. Mais là n’est pas le sujet ; la démarche de dire les choses comme cela, c’est bien faire la démarche de « se situer » : je soutiens ces personnes parce que je subis les mêmes dominations. Le constat est faux (en tant que personne blanche avec des papiers, je ne subis pas les mêmes oppressions qu’une personne racisée sans papiers, quand bien même les deux personnes sont des prolétaires), mais la démarche de se situer par contre, est bien présente.

Se situer dans la lutte quand on est une personne dominée

Si je lutte contre le patriarcat en tant que femme, je risque d’être mal comprise : toujours à cause de l’essentialisation, on peut me reprocher de revendiquer cette identité alors qu’il s’agit de me définir en tant que sujet politique qui a un vécu commun avec la moitié de l’Humanité. Et on pourra aussi me reprocher à juste titre d’invisibiliser les différentes oppressions au sein de cette moitié. Je peux lutter en tant que féministe : c’est à dire en tant que personne qui n’accepte pas de subir le patriarcat. Je peux lutter en tant que personne qui subit un système de domination : on aurait pu parler de personnes sexisées, comme on parle de personnes racisées.

Certain·e·s préfèrent parler de minorisé·e·s, ou d’invisibles. D’autres diront que ces termes sont trop passifs et qu’il vaudrait mieux affirmer qu’on est a-normal·e·s en se réappropriant des insultes : nègre, queer [16], pédé, gouine, salope... plutôt que de dire nous sommes celleux qui subissent telle ou telle oppression, nous affirmons ; nous sommes celleux qui refusent de vivre dans la norme à laquelle on nous a assigné.es ! Vous nous dites chelou·e·s, tordu·e·s, et bien oui, nous le sommes !

Ce n’est pas parce qu’on se situe par rapport aux systèmes de domination qu’on est dans une position identitaire, qu’on cherche à figer une identité.

D’un point de vue matérialiste, c’est avant tout la société qui crée nos identités, nos positions sociales. Et lorsque la société évolue ou quand on la transforme, les identités, les positions sociales, bougent.

Il s’agit de se situer dans une société traversée par des systèmes de dominations qui s’entrecroisent (sexe, race, classe, etc ou l’inverse !) de manière complexe [17], certaines façons de se définir permettent d’affirmer une déviance par rapport à la Norme qui règle cette société, en renvoyant à la face des dominant.e.s non plus la honte ou la soumission mais la puissance de celles et ceux qui ne se font plus ordonner par d’autres.

On dirait bien que, à l’inverse du privilège économique (le fait d’être propriétaire de son appartement par exemple), les privilèges liés au fait d’être mec, cis, au fait d’être blanc·he·s, ou au fait d’avoir grandi dans des maisons contenant plus de dix livres (bottin téléphonique inclus) n’ont toujours pas été identifiés comme tels. Étonnant non ? Ça doit être que ça a été mal expliqué...

C’est sûr que ce n’est pas très agréable de réaliser qu’on n’est pas qu’un·e opprimé·e, qu’on est aussi un·e dominant·e sur les questions de genre, ou de race, et aussi de classe... Héééé oui. Trop dure la vie ! Et c’est d’autant plus dur qu’on ne nous demande même pas notre avis, et encore moins d’écrire un texte pour l’exprimer !

Refuser systématiquement d’entendre les termes de race/racisé·e, c’est nier le racisme structurel. Non pas celui du facho que tout le monde s’accorde à dénoncer, mais celui que nous véhiculons, et dont nous sommes directement ou indirectement bénéficiaires en tant que blanc·he·s. C’est nier l’existence des personnes qui se le mangent tous les jours. C’est croire qu’il suffirait de se bagarrer avec les identitaires pour lutter contre le racisme.

PDF - 126.7 ko
JPEG - 9.8 ko

[1] « Jusqu’ici tout va bien ? », entre autres textes publiés sur presque tous les sites d’infos dits alternatifs.

[2] Et on peut garder en tête que « ...la division se construit en même temps que la hiérarchie et non pas avant. C’est dans le même temps, par le même mouvement, qu’une distinction ou division sociale est créée, et qu’elle est créée hiérarchique, opposant des supérieurs et des inférieurs », Classer, dominer, Christine Delphy

[3] L’essentialisation pose des différences « naturelles » , et donc indépassables, entre certaines catégories de personnes : « femmes »/« hommes », « blanc·he·s »/« noir·e·s », etc...

[4] C’est le point Godwin : quand on n’a plus d’arguments, on traite les gens de nazi.es, de fascistes.

[5] À ce sujet, lire la synthèse d’Elsa Dorlin dans Sexe, genre et sexualité, PUF, 2008, chapitres : « le sujet politique du féminisme » et « Philosophies de l’identité et praxis queer ».

[6] Femme, race, classe d’Angela Davis, Black feminism, anthologie du féminisme africain-américain coordonné par Elsa Dorlin. Pour plus de spécificité en contexte « français » (puisqu’il est toujours reproché que toute cette analyse est une importation des États-Unis) : La matrice de la race, généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française d’Elsa Dorlin ; les blogs de Mignon chaton, de João, et de Mrs Dreydful ; Christine Delphy, « antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemne » dans Nouvelles questions féministes n°1 ou en ligne sur le site « Les mots sont importants »...

[7] On peut lire par exemple Bouteldja ses sœurs et nous sur Infokiosques.net.

[8] Par exemple, en France le salaire moyen des femmes (qui travaillent à temps complet) est égal à 83% de celui des hommes (source : Observatoire des inégalités). Les femmes possèdent 2% de la propriété mondiale (source : Banque mondiale).

[9] En France, les statistiques dites « ethniques » (ce terme tout droit hérité de l’héritage colonial, mais qui, lui, ne semble pas déranger les « anti-racilisateurs » et leurs sympathisants) sont interdits. On a quand même des chiffres basés sur la consonance du nom de famille : selon l’Observatoire des inégalités, plus de deux fois plus de candidatures « hexagonales » sont favorisées par rapport aux candidatures « maghrébines » (2017) dans les grandes entreprises. Et, à niveau de vie équivalent, les candidats à un logement d’origine maghrébine ou africaine ont quatre fois moins de chances d’en obtenir un que ceux d’origine française (2009).

[10] Et c’est un enjeu des luttes anti-racistes et post-coloniales de visibiliser les positions dominantes en nommant les blanc·he·s

[11] C’est le fameux concept d’intersectionnalité. « Le féminisme noir critique cette tendance à se replier implicitement sur une compréhension de la domination qui prend la situation de certaines femmes pour la situation de toutes les femmes. » Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités, p.85.

[12] Sous le régime nazi on stérilisait notamment les juives et les femmes rroms. Ces dernières ont subit la stérilisation forcée jusqu’aux années 90 en Roumanie et aujourd’hui en France les médecins leurs installent souvent des stérilets ou des implants sans leur consentement. Rappelons aussi qu’alors que la pilule et l’avortement étaient encore interdits en France métropolitaine, aux Antilles françaises et à la Réunion on stérilisait les femmes à leur insu, et les pouvoirs publiques avortaient les femmes en toute quiétude.

[13] Cis désigne l’inverse de trans : il s’agit des personnes qui se reconnaissent dans le genre qui leur a été assigné à la naissance.

[14] Audre Lorde (black féministe américaine) : « Pour provoquer un véritable effort révolutionnaire, nous ne devons jamais nous intéresser exclusivement aux situations d’oppression dont nous cherchons à nous libérer, nous devons nous concentrer sur cette partie de l’oppresseur enfouie au plus profond de chacun de nous, et qui ne connaît que les tactiques des oppresseurs, les modes de relations des oppresseurs » Sister outsider, Mamamélis p. 135.

[15] Elsa Dorlin dans Sexe, race, classe, PUF, 2009

[16] Il est intéressant de remarquer qu’à la base le terme « queer » (=anormal, tordu-e) avait été choisi pour éviter justement de parler en terme d’identité (par opposition à gay ou lesbienne).

[17] On parle d’intersectionnalité pour prendre en compte les différences internes qui traversent les mouvements politiques (Kimberlé W. Crenshaw). Pour une critique et un affinage de ce concept voir Danièle Kergoat, entre autres !



Compléments d'informations :
Plus à une contradiction près..
par anonyme,
le 15 août

Ben si. victimiser, c’est bien ce à quoi mènent ces théories de la déconstruction et autres "plus-opprimées-que-moi-tu-peux-pas-test". Utiliser des termes au suffixe "phobie" qui se déclinent à l’infini pour parler de l’oppression/de la domination des "racismes" (ce qui forcément implique une sorte de hiérarchisation des oppressions et des souffrances, malheureusement). Chacun.e en vient à défendre sa catégorie (ou appelez ça comme vous voulez : classe, "race sociale", etc.., En fait, c’est là où "anti-racialistes" communistes pourfendeurs des classes et "racialistes" se rejoignent absolument : tous défendent des identités construites par la domination ! Perso, en tant qu’anarchistes, il faudrait en finir avec toutes ces constructions merdiques qui nous maintiennent toutes et tous aliénés, défenseurs d’un existant que l’on veut détruire. il semblerait bien que la mode actuelle serait de décliner le mot "racisme" au pluriel, ce qui est une aberration totale dans une démarche de lutte anti-raciste. Et puis bon, les alliances de circonstances avec les intégristes muslim autour des "luttes" contre l’islamophobie, ça pue grave. Alors quand on se dit "féministes", c’est d’autant moins compréhensible d’en venir à défendre une oppression (le port du voile). La libération des corps, ça paraît loin en fait.

Il existe encore des individus qui refusent vos unions sacrées autour de vos 2 pôles (anti-racialistes et racialistes) et de vos identités.

Allez ça c’est bonus. La traîte négrière, ça vient aussi des pays arabo-musulmans : https://www.youtube.com/watch?v=jcI... Et les enquêtes de Tidiane N’Diaye, anthropologue d’origine sénégalaise, sont très intéressantes, bien plus que les ordures auxquelles vous vous référez en permanence...

Et s’il vous plaît, cessez vos arguments fallacieux de "c’est récupérer par l’extreme-droite et Finkielkraut" hein.. A croire que vous passez plus de temps à lire ces ordures que des camarades/compagnons qui luttent depuis des décennies contre le pouvoir et ses laquais. L’anarchisme commence par penser par soi-même.

Ni fascisme, ni étatisme, ni identitarisme ! Anarchie !

Raccourcis essentialistes ?
par anonyme,
le 17 août

Quand vous écrivez ce paragraphe, j’hallucine un peu :

Nous ne souhaitons pas nous adresser aux « anti-racialisateurs ». Nous nous adressons plutôt ici à toutes les personnes qui ont participé à la diffusion de leurs idées, et à celles qui n’ont pas été choquées par leurs publications sur des sites d’info et d’organisation politique. Nous ne pouvons que constater que ces personnes sont à notre connaissance toutes blanches et que cela n’est pas anodin, même si, bien sûr, loin de nous l’idée de déduire leur position de leur couleur de peau.

Déjà ça veut dire quoi ? Vous ne vous adressez qu’aux Blanc-he-s ???

Ensuite, vous avez peut-être peu de personnes racisées dans votre entourage, je ne sais pas, mais c’est être bien naïves sur les questions de "race" pour croire que seules des personnes blanches sont sensibles aux inepties "anti-racialistes" de cinq ou six abruti-e-s qui minent une partie du milieu autonome avec leurs idées moisies et leurs comportements autoritaires de néo-stals.

Les choses sont bien plus compliquées qu’une assignation facile "couleur de peau / idées". Pas mal de racisé-e-s ne veulent pas attendre parler d’identité de "race", et quelque part : tant mieux ! Cependant, c’est toujours merdique quand des gens, racisé-e-s ou non, se reconnaissent dans le verbiage puant des "anti-racialistes", qui cherche à enterrer l’antiracisme autonome en niant l’importance du racisme dans le jeu des oppressions sociales.

En tout cas, non, les personnes qui écrivent des textes "antiracialistes" ne sont pas "toutes" de personnes "blanches".

Il y a des femmes antiféministes, il y a des prolos qui kiffent le capitalisme, il y a des racisé-e-s racistes, etc. Les choses sont compliquées et tomber dans la morale identitaire est vraiment l’autre versant merdique qui envahit le milieu autonome en ce moment. Entre ça et "l’anti-racialisme", on n’est vraiment pas aidé-e-s...

Prétendre que tout homme-blanc-cis-hétéro-valide a toujours tort est aussi crétin que croire que toute femme-racisée-trans-lesbienne-handi a toujours raison (on remarquera ici que l’aspect social/classe est généralement éludé de ces classifications, comme si le concours était organisé par des tenant-e-s de la bourgeoisie....).

Contre toutes les formes de domination et d’exploitation, vive l’intelligence collective et les solidarités concrètes.

Ajouter un complément d'information


copyLeft Indymedia (Independent Media Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.