Indymedia Grenoble

Rien à voir avec les bébés phoques

lundi 11 septembre 2017 par Florence <florence869 yahoo.fr>

[Féminisme / Genres / Sexualités] [Autres infos]

Bonjour CHAMALAVE

Je me permets en ma qualité de Présidente de l’association le « Jardin des T » de vous écrire afin d’user de mon droit de réponse suite à votre article relatif à la marche contre la transphobie et toutes les formes de violence contre la différence.

Tout d’abord, la première des choses à faire lorsque vous écrivez un article, c’est d’avoir la présence d’esprit de bien vous renseigner en amont. Cette marche est organisée par Corinne FERRETTI, personne physique et l’association le « Jardin des T ». Il me plait de vous renseigner que notre association regroupe de personnes trans, s’occupant des personnes trans, inter, en questionnement et de toute personne ayant des problèmes à vivre leur identité de genre.

Corinne est certes, membre d’un parti politique, en l’occurrence Debout la France, mais doit-on lui dénier le droit de s’engager pour une cause noble et d’être à nos côtés ? Toute personne quelle que soit son origine, son appartenance politique ou autre a le droit de défendre une cause. Et cet engagement de Corinne est d’autant plus fort que la personne agressée se trouve être sa sœur. C’est pour cela que sans aucune hésitation, nous nous sommes associés à son initiative car unis, nous sommes plus forts dans les actions pour sensibiliser l’opinion française sur le drame que vivent au quotidien les personnes trans.

Si vous vous étiez renseignée avant de rédiger votre article, vous auriez pu lire le post de Corinne sur sa page Facebook où elle explique les raisons de cette marche, et où elle prend très clairement parti pour l’inclusion des personnes trans dans la société. Il se trouve que ce point constitue l’une des revendications fondamentales des organisations LGBTQI+, indépendamment de tout clivage politique. Nous revendiquons la tolérance et de la bienveillance entre les personnes.

Alors comment peut-on militer pour nos causes si nous sommes les premier-ère-s à enfreindre nos propres valeurs ?

Ensuite, Corinne est une personne cis. Vous insistez beaucoup dessus. Ok. Mais quand parlez-vous vraiment d’Élisabeth, sa sœur ? Votre attitude sur ce point vous rapproche de celles et ceux que vous avez l’air de tant haïr : les cis. Vous parlez toujours et encore des cis, de leurs points de vue, vous ramenez toutes les prises de position des personnes trans à celles des personnes non-trans (être pour ou contre les cis). Mais que veulent les personnes trans, en parlez-vous seulement ?

La visibilité des personnes trans reste un enjeu crucial. En banalisant la transidentité, cela permettra de faire reculer la transphobie, mais aussi de permettre aux personnes trans, du moins, toutes celles qui participent à nos groupes de parole d’être reconnues comme tel, comme elles le demandent, sans avoir peur de se faire frapper dans la rue.

Or, c’est exactement ce qui est arrivé à Élisabeth. D’où l’origine de la marche. La souffrance peut être de droite, de gauche, d’en haut, d’en bas, personnellement je m’en fous. Je ne suis pas dans la politique (lire ici encore une fois : avoir une attitude uniquement partisane).

Contrairement à vous, j’assume mes positions, et j’avance à visage découvert. Je m’appelle Florence. Je suis la présidente d’une association qui œuvre tous les jours pour aider des personnes trans, parfois psychologiquement ou de les renseigner pendant leur transition. Tout ceci, toujours dans la bonne humeur, afin de créer un espace où elles se sentent bien.

Ne vous en déplaise, l’image des personnes trans dans le grand public reste attachée à celle de victimes, certes. Mais c’est aussi parce qu’il y a une part de vérité là-dedans. Et le « Jardin des T » s’implique quotidiennement pour changer cette image.

Participer à cette marche, c’est un moyen de nous montrer, d’admettre que nous sommes encore aujourd’hui victimes d’une société transphobe, misogyne, et, effectivement, transmisogyne. Mais nous refusons de rester des victimes. Admettre que nous sommes des victimes ne fait pas de nous des bébés phoques. C’est aussi tout le sens politique de cette marche. Plutôt que de beaucoup parler sans rien proposer de concret, nous marcherons dans la rue pour exiger un changement d’attitude. Pour faire savoir que nous sommes là ; que nous resterons là ; et que, bien que nous ayons peur, nous ne nous laisserons pas faire facilement. Et ce message s’adressera autant aux mouvements de droite, dont Debout la France) qu’à tous les autres.

Nous avons ici une opportunité de revendiquer ce changement d’attitude auprès de toutes les organisations politiques. En marchant le 30 septembre, le Jardin des T impose son exigence à tou-te-s les participant-e-s. Nous resterons vigilant-e-s sur les engagements de chacun-e de promouvoir le droit à la différence pour tou-te-s. Nous saurons leur rappeler cette exigence lorsque cela sera nécessaire. Tout le contraire de cette récupération dont vous parler en termes vagues, sur un tissu d’hypothèses tout aussi vagues qui ne font que prouver votre point de vue biaisé (« un fond probablement réactionnaire, » « un idéalisme simpliste, » si vous le dites). Votre vision politique, simpliste et insuffisante, vous amène à de nombreuses erreurs et approximations : toutes les personnes trans ne souhaitent pas la non-mixité, et votre manière de vous réapproprier le discours trans alors que vous êtes vous-même cis, participe des mêmes travers que la société « masculiniste » que vous décriez tant.

La transidentité n’est pas uniquement une marque de la lutte des classes, mais un élément autonome et protéiforme dans la construction sociale, intellectuelle et psychologique d’une personne. Enfin, je remarque que vous féminisez toutes les opinions que vous formulez, au risque d’invisibiliser les hommes trans. J’ose espérer qu’il s’agisse d’une maladresse de votre part, et non d’une attitude délibérée autant que déplacée.

Enfin, cette marche ne concerne pas que la transphobie. Il s’agit bien d’enjeux sociaux plus larges. Votre omission (volontaire ?) de la fin du mot d’ordre est particulièrement parlante. Il s’agit de reprendre la rue et d’imposer notre vision aux politiques, et non l’inverse. Ceci est la base du militantisme, celui qui agit et qui ne se contente pas de pérorer. Il s’agit de manifester un changement qui se produit aujourd’hui, même si des personnes le refusent encore. Nous parlons bien d’inclusion, là où vous ne parlez que d’une ségrégation que vous fantasmez comme choisie par les personnes trans. Mais vous vous trompez. Votre vision délétère d’une société non-mixte représente le parangon des velléités réactionnaires que vous prétendez combattre. Deux sociétés qui ne se côtoient pas ; pour vous, les personnes trans sont fondamentalement incapables de s’intégrer dans une société plus large. Cela rappelle étrangement le discours de certains politiciens d’extrême droite… Votre crainte d’une récupération de la marche par Debout la France révèle non seulement votre vision politique grevée de contradictions, mais surtout votre angoisse de voir les participant-e-s se rendre compte qu’elle est en fait si proche de celle de vos « adversaires » qu’il est facile de les confondre.

Enfin pour conclure, « tout ce qui se présente comme devant nous caresser dans le sens du poil » ne représente pas forcément un danger mortel. Nous n’avons pas peur de nous impliquer pour faire entendre notre voix. Vous ne marcherez pas avec nous le 30 septembre prochain ; il ne faudra pas venir pleurer après en disant que rien ne change et que le monde est pourri. Il y a des personnes qui se lamentent, pleurnichent et critiquent ; et il y a celles comme Corinne qui mettent les mains dans le cambouis. Nous la soutenons. Je vous remercie d’avance du temps que vous prendrez pour lire ce long message, mais cela valait la peine !

Bien cordialement Florence VARIN Présidente de l’association le Jardin des T


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