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Des cercueils dans ton conseil

vendredi 29 septembre 2017 par bibliothécaires de Grenoble en lutte

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Des cercueils dans ton conseil

Retour sur le 14e et dernier contre-conseil municipal

Qui a dit en 2013 ? :

1-« Cest plus facile de rentrer au vieux manoir qu’au conseil municipal de grenoble... »

2-« La police municipale de #grenoble interdit l’accès du conseil municipal aux citoyens grenoblois !! déjà 5 minutes que nous sommes bloqués ! »

Réponses quand vous aurez lu cet article dans son intégralité !

Ce lundi 25 septembre se tenait un nouveau contre-conseil municipal à l’appel des bibliothécaires de Grenoble en lutte et le collectif « Touchez pas à nos bibliothèques ». Après plus d’un an de lutte, elles/ils décident de mettre un terme à ce rituel qui a rythmé la vie politique grenobloise. Quatorze contre-conseils municipaux organisés avec des moments mémorables tels que l’interruption et l’envahissement du conseil municipal du 11 juillet 2016, la construction d’une barricade de livres, un concert de casseroles, ou encore la création d’un tiers lieu et d’un bar-terrasse. Une agitation sans précèdent qui obligera la municipalité Ecologistes/Parti de gauche à se barricader piteusement dans la mairie avec la police municipale et nationale, des barrières, des contrôles au faciès, des fouilles au corps, mais aussi de nombreux coups de matraques et une utilisation à plusieurs reprises de gaz lacrymogènes.

Si nous, bibliothécaires, décidons de mettre un terme à ces rassemblements, c’est que notre combat pour la réouverture des bibliothèques Hauquelin et Prémol, le maintien en l’état de la bibliothèque Alliance et la sauvegarde de nos postes arrivait à une impasse.

Il n’était pas suffisant pour cette municipalité de refuser toute négociation avec l’intersyndicale en lutte ; de balayer la demande de moratoire sur le vidage des locaux de Prémol et Hauquelin alors qu’une « pétition citoyenne » était en cours ; de déménager le mobilier et les collections des deux bibliothèques pour qu’elles ne puissent plus rouvrir ; d’orchestrer une concertation bidon sur l’avenir de la bibliothèque Alliance ; de mépriser les agents et les habitants ; d’intimider les agents et les organisations syndicales en lutte ; de mentir de façon éhontée dans la presse ; de faire de la mairie à chaque conseil municipal une forteresse : elle a également enterré sa mesure phare de démocratie locale, son dispositif d’« Interpellation et votation d’initiative citoyenne ».

Petit retour en arrière : « En novembre 2016 le collectif [« Touchez pas à nos bibliothèque »] se saisit du dispositif d’interpellation citoyenne […] mis en place par la Ville de Grenoble, et dépose le 8 décembre 2016 une pétition demandant la réouverture, avec les professionnels nécessaires pour les faire fonctionner, des bibliothèques Hauquelin et Prémol ainsi que la non fermeture de l’Alliance. Reste à recueillir 2 000 signatures de résidents grenoblois pour que le sujet soit débattu lors d’un conseil municipal. […] La pétition est un succès. Elle recueille près de 4 400 signatures dont presque 4 000 sont validées par la ville. Le 22 mai 2017, comme le prévoit le dispositif, la demande du collectif est donc présentée en conseil municipal. Une discussion s’engage entre le collectif et la Ville. Cette dernière annonce la transformation des bibliothèques Prémol et Hauquelin en « relais lecture » : 500 livres renouvelés 2 fois par an avec présence d’un professionnel venant d’une autre bibliothèque une ½ journée par semaine. Des groupes pourraient être accueillis, mais à la demande, avec un projet, et dans d’autres lieux que les relais lectures ! Une esbroufe destinée à faire écran de fumée [un non sens : on ne remplace pas une bibliothèque par une étagère de livres !]. Entre le 22 mai et le 10 juillet 2017, le collectif demande à la Ville de revoir sa copie, pour que ces projets de relais lectures ne soient pas des coquilles vides. La Ville ne change pas de position. Suite à l’échec de ces négociations et comme le prévoit le dispositif d’interpellation citoyenne, le collectif décide par un vote majoritaire d’aller à la votation citoyenne, c’est-à-dire de demander aux Grenoblois de se prononcer sur la réouverture des bibliothèques Prémol, Hauquelin, le maintien de la bibliothèque Alliance et celui des professionnels permettant leur fonctionnement. » (extrait du tract Une démocratie participative à la noix (de Grenoble), à lire ici)

Coup de théâtre lors du conseil municipal du 10 juillet 2017, le maire refuse la votation sous un prétexte vaseux : il se sert de la démission des porte-paroles du collectif pour faire croire qu’elle a affaire à un nouveau collectif auquel elle ne reconnait aucune légitimité. Les communicants du cabinet du maire ont concocté un tour de passe-passe d’une malhonnêteté intellectuelle et politique : elle fait des porte-paroles d’un collectif le collectif ! - On n’est plus à une dégueulasserie politique près. Peut importe que les dés soient pipés dès le départ - puisqu’il est impossible de recueillir les 20 000 voix nécessaires (il s’agit du nombre d’électeurs de la municipalité après une campagne politique) -, la municipalité préfère saboter son dispositif politique phare plutôt que d’aller à une votation qui ne peut que lui être défavorable politiquement et médiatiquement. La municipalité table sur les vacances estivales, et la rentrée sociale, pour que cela passe quasi inaperçu ! Le maire annonce une (pseudo) concertation à la rentrée.

Face à cette mascarade le collectif décide de s’arrêter là. Elle placarde dans la ville plus de 5 000 affiches annonçant la mort de la démocratie participative et de la lecture publique (affiche ici).

Quant à nous, bibliothécaires de Grenoble en lutte, après plus d’un an de lutte, nous décidons de mettre fin à cette lutte pour les trois bibliothèques. Nous actons le fait que Prémol et Hauquelin n’existent plus, que la bibliothèque de l’Alliance (fermée en juin pour travaux) ne sera plus la même et que la Ville ne cédera sur aucun poste.

Le lundi 25 juin, Profesionnel-le-s et habitant-e-s convoquent la presse et les habitant-e-s à un 14e contre-conseil municipal pour enterrer les 3 bibliothèques de lecture publique et la démocratie locale.

Une cinquantaine de personnes sont présentes sur le parvis de l’Hôtel de ville où est déposé le cercueil des bibliothèques Prémol/Hauquelin/Alliance et de la démocratie participative, à côté de l’affiche du collectif annonçant l’avis de « décès brutal de lecture publique & démocratie participative survenu au cours du conseil municipal du 10 juillet ». Plusieurs personnes remplissent le registre de condoléance apporté pour l’occasion. Une perle dénichée dans le cahier : « Je n’ai pas bien connu démocratie participative qui était une personne très discrète, un peu comme sa sœur démocratie tout court. » Puis, trois bibliothécaires lisent une déclaration, chaleureusement applaudie (déclaration à lire ici ou regarder la vidéo ici). Elles déclarent, entre autres, « Nous ne regretterons jamais d’avoir lutté, les seuls combats que l’on regrette sont ceux que l’on n’a pas menés. Ce n’est pas la fin, nous continuerons à nous battre pour nos conditions de travail et pour la lecture publique de proximité, et de qualité, pour tous. »

Pour terminer cet enterrement, nous mettons le feu au cercueil (voir article Place Gre’net ici) qui nous a suivi à tous les conseils municipaux et au Salon du livre de Paris.

Cette municipalité de bonimenteurs, assistées de leurs communicants retors (cabinet du maire), n’a pas terminé son travail de dégradation du service public. Alors que nous ressentons déjà les effets néfastes de leur politique d’austérité sur nos conditions de travail et la qualité du service rendu à la population, nos élu-e-s nous mijotent un nouveau projet : « Plan lecture 2025 - 18 mois pour bâtir les bibliothèques de demain », soit faire toujours plus avec moins de personnel. Nous n’oublions pas également que le plan d’austérité n’est pas terminé, que d’autres services vont être impactés et dégradés. C’est pourquoi cette municipalité n’a pas fini d’entendre parler de nous !

Un grand merci à tout-es celles et ceux qui nous ont soutenu pendant ce long combat !

Bibliothécaires de Grenoble en lutte

Pour suivre l’actualité de la lutte, consultez notre page facebook (pas besoin de compte) : « bibliothécaires de Grenoble en lutte »

Réponses au quizz :

1-Enzo Lesourt, cabinet du maire

2-Pierre Meriaux, conseiller municipal de la majorité

Si vous voulez voir de vos propres yeux : ici



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