Indymedia Grenoble

[Indymedia Grenoble] Un complément d’information sur notre suppression de contenu

vendredi 6 octobre 2017 par anonyme

[Infos locales] [Répression / Contrôle social] [Média]
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Ces derniers jours, il nous a été reproché, en tant qu’équipe d’Indymedia Grenoble, d’avoir cédé à la requête de la police et/ou d’avoir insuffisamment communiqué sur les raisons du retrait des revendications de l’incendie du hangar de gendarmerie de Grenoble ce 21 septembre dernier.

Ces reproches sont compréhensibles, et nous allons ici tenter de donner une liste rapide des principales raisons qui nous ont poussé à réagir ainsi.

- Vingt-quatre heures [1] était un délai hyper-court pour réunir une équipe un peu dispersée, prendre une décision un peu consensuelle, et communiquer correctement à ce sujet (oui, il est plus facile de prendre rapidement des décisions qui engagent fortement quand on est seul à devoir à assumer ses actes).
- Les décisions que nous pouvons prendre risquent d’impacter tous les sites dépendants du nom de domaine indymedia.org (et ce d’autant plus vivement que ce nom de domaine est loué dans une entreprise française), et il était important de savoir comment les autres indymedias concernés voulaient être embarqués dans nos affaires. Nous sommes une équipe liée à d’autres équipe encore, et ne pas fouler leurs avis au pied est aussi une pratique collective et interpersonelle qui a du sens et une cohérence politique.
- Au delà de l’équipe même, nous avons craint d’impliquer aussi pour nos entourages, plus sensibles ou fragiles, qui ne désirent pas forcément être embarqué dans nos affaires.
- Ce courriel n’était pas une menace, mais déjà une condamnation administrative de censure.
- Ce type d’action de censure administrative étant parfaitement nouveau contre notre type de médias, nous sommes dans l’inconnu quand aux risques encourus, et ceci ne nous a pas aidé à prendre une décision parfaitement éclairée.
- Sur le moment, nous avons estimé qu’il valait mieux perdre un peu de notre « image radicale » ponctuellement que de perdre 90% des contributeurs et lecteurs d’Indymedia Grenoble, sur une durée indéfinie.
- Nous avions conscience que supprimer ainsi le contenu était susceptible de générer un effet Streisand, ainsi que le savait certainement aussi le ministère de l’Intérieur en nous contactant (où en tout cas on l’espère pour eux, sinon ça fait de l’OCLCTIC de sacrés incompétents dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication).
- À l’heure où de nouvelles lois antiterroristes, entre autre dans le domaine de l’informatique, ont été votées ou sont en passe de l’être, il nous a semblé que visibiliser cette censure était une action politique en elle-même.
- Plus que tout, nous avons craint que Calogero ne mette ses menaces à exécution.

Bref, pour laisser la place au collectif, pour mettre à l’abri nos familles, nos amis, nos collègues d’Indymedia et nos camarades (ainsi que nous-mêmes), pour adopter une stratégie parmi d’autres tout en permettant à ce message de revendication d’être diffusé (en anglais, en espagnol, en portugais, en grec, en italien, en russe...), et tout en portant un message politique supplémentaire, il nous a semblé pertinent de supprimer ce contenu en même temps que nous communiquions à ce sujet.

Probablement notre réaction n’a-t-elle pas été parfaite (autant pour la suppression incriminée que pour la manière dont nous avons ensuite communiqué), mais c’est la meilleure que nous avons réussi à avoir dans le laps de temps extrêmement court qui nous était imparti.

Y avait-il de toute façon une stratégie parfaite ? On peut en douter.

Positivons : la diversité des stratégies adoptée par les sites visés [2] est aussi intéressante parce-qu’elle permet de faire l’état des forces des uns et des autres, et de voir quelles sont les méthodes qui fonctionnent en terme de communication et de solidarité, et de mieux savoir comment réagissent l’état, sa répression, et ses médias.

Nous n’avons pas donné accès à nos serveurs à la police, et aucune requête ne nous a été faite dans ce sens à ce jour. Par ailleurs nous travaillons à rétablir notre service caché Tor afin de continuer à être au moins un peu accessible en cas de censure rapide si le cas venait à se présenter de nouveau.

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Afin de vous protéger de la surveillance et de la censure, nous vous conseillons la (re)lecture du Guide d’autodéfense numérique.

Et pour bien signifier que, comme nous l’avons dit précédemment, nous pensons que les communiqués ou explications de revendication d’action directe ont tout à fait leur place sur Indymedia Grenoble, nous venons de créer une rubrique supplémentaire intitulée « Actions directes » qui, si elle existait déjà sur Indymedia Nantes, est nouvelle chez nous.

Actuellement, nous travaillons activement à savoir comment mieux réagir face à d’autres futures menaces de ce type, et à préparer le terrain aux autres médias qui pourraient subir ces mêmes pressions dans les temps à venir, même ceux hyper-critiques à notre égard [3]. Ce n’est pas une mince affaire, et nous vous tiendrons certainement informés à ce sujet dans les semaines et les mois qui viennent.

Avec un immense remerciement aux équipes de Rebellyon, Paris Luttes, La rotative, Expansive, ainsi qu’à tous les autres signataires de ce communiqué de soutien, qui ont su jouer collectivement.
Solidairement, toujours,
L’équipe d’Indymedia Grenoble.

[1] Bien moins, en fait, une fois soustrait le temps que l’information nous parvienne.

[2] Même si elle faisait parfois un peu peur en terme de solidarité dans les luttes menées, quand on voyait que certains dépensaient plus d’énergie à critiquer la cible de la répression plutôt que la répression elle-même.

[3] Nous nous interrogeons par ailleurs sur le nombre d’articles critiques (redondants et copiés/collés sans effort) qui ont été envoyé sur Indymedia Grenoble, en comparaison de tous les articles qui n’ont pas été publié dans le même temps sur des quantité d’autres sujets très intéressants qui ont lieux, même localement. Il semble ici important de rappeler ce qu’écrivait l’équipe précédente du site :

« La publication ouverte a montré ses limites :
À mesure de son essoufflement en terme d’informations, Indymedia Grenoble est devenu pour certaines personnes le lieu privilégié pour régler ses comptes au sein du milieu anti-autoritaire. Au point que parfois, les embrouilles virtuelles ont pris plus de place que les discussions dans la vraie vie. Nous ne souhaitons plus encourager ces fonctionnements. »

Si, contrairement à eux, nous croyons encore à la publication ouverte, il nous semble intéressant de souligner ce travers, et de continuer à lutter pro-activement contre celui-ci.



Compléments d'informations :
Et merci aux incendiaires !
par anonyme,
le 8 octobre

Un grand merci aussi aux incendiaires anonymes qui ont détruit la caserne Offner. Car c’est quand même de cette magnifique action que nous parlons depuis.

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