Indymedia Grenoble

La Casse is dead

vendredi 10 novembre 2017 par anonyme

[Infos locales] [Alternatives / Contre-culture]
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Octobre 2013 :

Au départ de la Casse, une envie, puis un collectif de six personnes qui s’est construit au fur et à mesure : certaines sont amies, d’autres se sont déjà croisées ou vont apprendre à se connaître. Peu d’entre elles ont une expérience dans des collectifs, aucune n’a jamais participé à en créer, et si presque tout le monde est là pour exercer son activité professionnelle,tout le monde est d’accord et enthousiaste à l’idée de créer un espace ouvert, avec de l’accueil d’adhérents, du partage d’outils, de temps, de projets. Nous faisons face à nos doutes ou nos appréhensions, Nous faisons de nombreuses réunions, nous nous disons que nous sommes plus fort.e.s qu’un contrat moral, nous nous faisons confiance, nous buvons des bières et nous trouvons des compromis. Nous tombons sur un chouette local. L’association Krill naît dans la foulée pour permettre de gérer le lieu (et d’organiser des trucs cools !)

Quelqu’un reveut du café ?

Les premiers mois les choses se mettent en place, chacun.e essayant de trouver sa place. Pas mal de discussions tournent toujours autour du pourquoi de l’ouverture du lieu, de l’accueil d’adhérent.e.s, du besoin de machines ou de matériel, de l’organisation d’événements, etc... A la fin de la première année, en Octobre 2014, histoire de fêter ça comme il se doit, le premier concert se tient. C’est un joyeux bordel, les copain.e.s jouent, tout le monde met la main à la patte, le kiff quoi. A partir de ce moment, d’autres événements sont organisés régulièrement, par des orgas extérieures (à chaque fois une bouffée d’air, pour ce qu’ont pu nous apporter et nous apprendre chaque personne qui a eu envie de faire vivre ce lieu <3) comme par notre collectif. Nous faisons de l’auto-formation dans l’espace bois pour que tout le monde puisse accueillir des genTes afin de soulager celleux qui s’en occupent, ainsi que sur les outils techniques et bureaucratiques d’un espace tenu collectivement. Mais la rotation des tâches ne prend pas. Nous essayons d’ouvrir le collectif en organisant une journée de chantier. Avec l’aide fort bienvenue des potes et des adhérent.e.s nous faisons des travaux pour permettre un meilleur accueil, une meilleure organisation, et plus de place pour les concerts. Nous sommes regonflé.e.s grave. Des nouvelles idées sont régulièrement apportées, et nous essayons de nous organiser pour faciliter le partage et l’entraide à La casse. Mais si cette envie d’ouverture était présente au départ pour tout le monde, elle est rapidement rattrapée par la réalité : le temps, l’organisation, les concessions à faire pour que cela soit possible, les voisins, le manque de confiance en l’autre, nos capacités à s’investir… Tout cela n’a jamais cessé d’être discuté et remis en question au cours de longues réunions mais à chaque problème ou questionnement en succèdent d’autres, nos choix respectifs creusent une fracture dans le collectif.

On est pas la pour acheter du terrain :

Après 4 ans d’existence, laps de temps pendant lequel nous avons construit - à notre échelle - beaucoup de choses, la Casse se termine. Pourquoi ? Principalement parce que les personnes ayant l’envie de continuer l’organisation l’événements, d’ouverture et de remise en question quotidienne du lieu préfèrent le quitter, et que celles qui souhaitent rester dans ces locaux le réserveront désormais à un usage uniquement professionnel. Et si depuis l’ouverture en 2013, plusieurs personnes sont parties et d’autres sont arrivées. Cela n’a malheureusement pas suffit à générer une nouvelle énergie et les certain.e.s se sont épuisées à essayer de maintenir le lieu en vie. La Casse n’a pas réussi à fédérer.

Comment on en est arrivé.e.s là ?

Tout au long de ces quatre années ces deux visions - un lieu multiple VS un atelier professionnel - se sont opposées. La centralité du travail s’est imposée petit à petit comme seule valeur possible, les autres idées devant se construire dans la marge qu’on leur laissait. Il nous a été impossible de nous accorder sur ce que nous souhaitions faire de cet espace. La simple fracture est devenue une plaie béante où le compromis a fait place à l’incompréhension de l’autre. Il est devenu impossible d’avoir la possibilité de continuer à construire ensemble en ayant la sensation de sacrifier ses priorités ou ses convictions à chaque mail ou chaque réunion.

Tout ça pour dire :

Il nous semble maintenant évident que nous aurions dû partir d’idées plus que d’envies. Et que la mise en place d’un projet collectif ça veut dire beaucoup plus qu’un simple truc cool. Ça veut dire de l’écoute, du boulot, de la rotation de tâches, de la disponibilité, de la remise en question, de la vigilance pour échapper aux rapports de domination qui nous ont malheureusement construit.e.s (classe/patriarcat/colonialisme), de la confiance, de la réflexion… Maintenant que la casse a crevé, nous nous refusons pourtant à parler d’échec. Parce que ce lieu a existé de plein de manières différentes, dont qui nous échappent et tant mieux, parce que nous avons bien plus appris, avancé, affirmé, rencontré que nous l’aurions même soupçonné il y a quatre ans.

REP la Casse, c’était quand même cool : nous avons rencontré des supers genTes, vu des chouettes concerts, bu beaucoup de bière et mangé plein de trucs bons. Ça a permis aux personnes ayant utilisé l’espace et le matériel à disposition d’affiner ou de concrétiser leurs projets, d’expérimenter.

Et surtout surtout surtout : merci à toi d’avoir participé à tout ça, de quelque manière que ce soit.

PS : Le concert de soutien pour fêter la fin a permis de donner des sous à deux collectifs. En ces temps sombres de répression feu le collectif de la casse est content d’avoir pu un peu aider, grâce à vous toustes. Merci d’avoir été là.

casse_2.pdf


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