Indymedia Grenoble

Ce matin, j’ai eu envie de réécouter Renaud

dimanche 12 novembre 2017 par anonyme

[Alternatives / Contre-culture] [Autres infos]

Ce matin, j’ai eu envie d’écouter Renaud. Ça m’était pas arrivé depuis le 7 avril 2016, le jour où est sortti « j’ai embrassé un flic ». Au début, quand j’ai vu le titre, mon cerveau n’a pas voulu enregistrer, alors j’ai lu « j’ai embrasé un flic ». Et puis est venue l’écoute, la réécoute, le choc, le besoin d’en parler. Puis une décision collective implicite mais lucide, sensée, cohérente. On n’écouterait plus Renaud. Un choix lourd de sens, parce que se passer d’un « rouge gorge » au creux d’un dimanche après-midi pluvieux, ou d’un « petite fille des sombres rues » pendant les heures mélancoliques, c’est pas évident. Mais ça c’est imposé comme ça, naturellement. Pour moi, c’était pas idéologique, c’était sensible, personnel. C’est pas que je voulais plus, mais que je pouvais plus, je le savais. Réécouter Renaud allait me rendre triste. Ça a enterré une bonne partie de mon enfance, alors que jusqu’ici je parvenais à soutenir le personnage. L’alcool, la drogue, les chansons de merde … ça restait humain, des chemins de vie qu’il est toujours indélicat de juger. Mais pas ça. Ça c’était trop, ça a brisé quelque chose. Je l’ai revu plus tard à la télé, au détour d’un spot publicitaire. « Toujours debout ». C’était lamentable, mais là je n’ai pas eu de la peine pour lui. Qu’il se démerde. Alors je l’ai oublié, il a disparu de la carte mentale de mon cerveau qui clignote au moment de déterminer quelle musique j’ai envie d’écouter là maintenant. Est ce qu’avec le temps tout s’en va ? Ce matin, j’ai 28 ans et j’ai pensé à Renaud. En même temps j’ai pensé à beaucoup de choses, j’étais même parti pour écouter Renan Luce. Et c’est en tapant dans la barre de recherche de Youtube R.E.N… il s’est affiché, je me suis dit voilà, pourquoi pas. J’avais envie, je sentais que ça allait me faire mal mais moins qu’avant, que j’étais sur la pente de la guérison. J’ai pensé que je serai triste quand il mourirait comme il dit, donc que je pouvais recommencer à l’écouter. Alors on redémarre tranquillement. La belle de mai, c’est un album lisse, léger, consensuel, nostalgique. On verra ensuite.



Compléments d'informations :
Oui, mais ...
par anonyme,
le 12 novembre

On ne peut faire revivre un amour disparu.

Tu veux le réécouter, revenir en arrière, dans cette belle époque où cet artiste représentait quelque chose, portait tes valeurs.

Et puis vos chemins se sont séparés et ressortir les vieux vyniles ne fera pas revivre le héros de ta jeunesse. Cet homme a changé et ce qu’il est aujourd’hui n’a plus rien de commun avec celui que tu as admiré autrefois.

Il n’y avait que Brel pour parvenir à nous faire croire en la possibilité de faire renaître un amour de ses cendres.

opération 2R4E
par anonyme,
le 12 novembre

Et oui, l’avantage de Renaud, c’est qu’il est un peu le seul chanteur définitivement posthume toujours vivant. C’est le bon moment. Ecoutons-le sans scrupule, irradions le monde de sa voix rauque et fausse mais qui sonne toujours juste et chaleureuse sur un "C’est quand qu’on va où". Censurons-nous assez pour nous rendre sa musique supportable : faisons entrer Renaud au Panthéon de nos héros un peu minables, qui ont leurs petites phases de parano plus ou moins poussées (déclaration dans l’entretien Télérama du 15 mars 2016 "Renaud : confessions sans fards", sur le mode "je suis poursuivi par des services secrets de pays étrangers"), bref, de ces "enfoirés" qui ont clairement pété un casque, mais qu’on a trop de peine à jeter avec les autres dans le panier de crabe des artistes néocharlistes (faut-il revenir sur le cas Damien Saez ?). Appel à toutes les âmes conscientes de ce monde pour une opération massive "Renaud Revival 4 EVER" (2R4E), dès à présent, partout, tout le temps.

Oui, et il faut !
par anonyme,
le 17 novembre

Excellent exercice de style : oui, il faut parler de Damien Saez, de "mon terroriste" et de "premier mai", car sait-on jamais. Un jour peut-être, même au crépuscule de sa vie, Renaud pourra rechanger son fusil d’épaule, changer d’avis, se réconcilier avec son public. Car c’est bien là le propre de nos idoles, ils sont à jamais imparfaits, comme nous même. Renaud, c’est comme Maradonna pour les argentins (le foot en moins), un mec auquel un peuple entier peut s’identifier, car il est terriblement imparfaits, et a les même défauts que tout le monde, même si c’est un star. C’est un miroir pour chacun, un miroir peut-être qui nous montre notre avenir, un avenir qui nous fait peur. C’est ça qui nous tressaillir chez Renaud : si un mec comme lui chantait ça à 20 ans, et ça à 60... alors que vais-je devenir, que dirais-je, que penserais-je dans trente ans ?

J’ai embrasé un flic
par anonyme,
le 18 novembre
Yalah
par vieux ? c’est dans la tête tout ça,
le 18 novembre

Heu... "alors que vais-je devenir ?"

Et si j’ai 48 ans mais que je suis toujours anarchiste comme à 19 ans, que malgré mes défauts je n’ai retourné aucune veste et que je déteste toujours les flics et l’État, ça te rassure ?

Il n’y a rien à attendre des chanteurs du showbiz, aussi "anarchistes" soient-ils.
Et surtout, il n’y a aucune "généralité" à en tirer.

La vie d’un flic ?
par anonyme,
le 19 novembre

https://www.youtube.com/watch?v=Rpl...

"On va quand même pas pleurer, y en a des plus paumés où t’as vu que j’allais faire une chanson à la gloire d’un poulet ? ce serait vraiment le monde à l’envers, le fond de la misère est ce qu’on peut faire de la musique sur la vie d’un flic ?"

j’imagine que la réponse est donc oui. Mais à l’époque (1994), envisager la question de rendre hommage aux flic est une manière d’apparaître subversif, rebelle, en décalage. Vingt ans plus tard, "j’ai embrasé un flic" n’a plus rien de subversif.

J’ai l’impression qu’on a toujours tendance à attendre les artistes là où ils ne sont pas, sur le terrain politique, alors que souvent leur engagement ne tient qu’à une rime, que nous nous faisons une joie d’extrapoler.

Sinon, y en a qui a jamais trahi, c’est Bernard Lavilliers. Enfin j’espère. S’il a trahi, ne me le dites pas.

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