Indymedia Grenoble

Programme militaire de la révolution prolétarienne

samedi 25 novembre 2017 par anonyme

[Outils théoriques] [Autres infos]

Extraits d’un article de Lénine écrit il y a 100 ans ; au sujet de la violence inhérente à la lutte réelle contre tout impérialisme.

Bande son un : Michel Sardou : Vladimir Illich : https://www.youtube.com/watch?v=OxI...

Lénine fut surtout un grand penseur avant d’être un désastreux chef d’état. Il me semble intéressant dans cette époque où les valeurs et les choses sont troubles de revenir à de bons outils intellectuels, pour comprendre les choses vraiment. Lénine fait partie de ces bons outils ; bien affuté. Il ne faudrait quand même pas oublier que les mots ont un sens. Et la pensée de Lénine est très précise sur les mots, ce n’est pas un roman qu’il écrit. A cette époque, il vit dans la clandestinité depuis 15 ans, a eu 25 identités, déjà tâté de la prison et de l’exil. Et les troupes du tzar tiraient VRAIMENT avec des balles [ah, c’est plus ce que c’était les manifs...]. Bref, quand il écrit cet article, Programme militaire de la révolution prolétarienne, c’est de choses très sérieuses dont il parle. On est en pleine première guerre mondiale, et les bolcheviks militent pour cesser les hostilités internationales, afin de retourner les fusils contre leurs bourgeoisie. C’est l’hypocrisie qui est dangereuse, pas la violence. Je vous laisse donc savourer cette très saine nourriture.

[Je résume des morceaux et je mets des notes entre crochets ; les italiques sont de Lénine.]

[Le texte se construit comme une critique du désarmement, comme stratégie révolutionnaire pour sortir de la guerre.]

« L’argument essentiel revient à dire que la revendication du désarmement est l’expression la plus nette, la plus résolue, la plus conséquente de la lutte contre tout militarisme et contre toute guerre.

Mais c’est dans cet argument essentiel que réside aussi l’erreur des partisans du désarmement. Des socialistes [ce mot va revenir plusieurs fois ; il ne faut surtout pas l’entendre dans le sens que lui a donné l’histoire, qui a justement très bien montré la victoire de ceux que Lénine nomme les opportunistes sur les « vrais( ?) » socialistes.] ne peuvent se déclarer adversaires de n’importe quelle guerre sans cesser d’être des socialistes.

En premier lieu, les socialistes n’ont jamais été et ne peuvent jamais être les adversaires des guerres révolutionnaires. La bourgeoisie des « grandes » puissances impérialistes est devenue archiréactionnaire ; et la guerre que mène aujourd’hui cette bourgeoisie, nous la considérons comme une guerre réactionnaire, esclavagiste et criminelle. Mais que dire d’une guerre dirigée contre cette bourgeoisie ? Par exemple, d’une guerre des peuples opprimés par cette bourgeoisie et se trouvant sous sa dépendance, ou d’une guerre des peuples coloniaux pour leur émancipation ? »

[Un paragraphe pour rappeler comment l’impérialisme produit des guerres que nous nommons, nous européens, coloniales, mais qui sont des guerres nationales. Ensuite, il explique que l’impérialisme n’a pas prévu de disparaitre après la guerre de 14-17, il ne saurait donc être question de déposer les armes.]

« Nier toute possibilité de guerre nationale à l’époque de l’impérialisme est théoriquement faux ; historiquement c’est une erreur manifeste ; pratiquement, c’est du chauvinisme d’européen : nous qui appartenons à des nations opprimant des centaines de millions d’hommes en Europe, en Afrique, en Asie, etc., nous devons déclarer aux peuples opprimés que leur guerre contre « nos » nations est « impossible » !

En second lieu, les guerres civiles sont aussi des guerres. Quiconque reconnait la lutte des classes ne peut pas ne pas admettre les guerres civiles qui, dans toute société divisée en classes, sont la prolongation, l’extension, l’aggravation naturelle, et dans certaines conditions, inévitables, de la lutte des classes. Toutes les grandes révolutions le confirment. Ne pas admettre les guerres civiles ou les oublier, ce serait tomber dans un opportunisme extrême et renier la révolution socialiste. »

[un développement sur la révolution socialiste quasi impossible simultanément dans le monde entier, donc nécessairement pays par pays]

« C’est seulement après que nous aurons renversé , définitivement vaincu et exproprié la bourgeoisie dans le monde entier, et non pas simplement dans un seul pays, que les guerres deviendront impossibles. Et, du point de vue scientifique, il serait absolument erroné et absolument antirévolutionnaire d’éluder ou d’estomper ce qui est précisément le plus important : l’écrasement de la résistance de la bourgeoisie,-ce qui est le plus difficile et qui exige la lutte la plus intense lors du passage au socialisme. Les prêtres « sociaux » et les opportunistes sont toujours disposés à rêver du socialisme pacifique de l’avenir ; mais ce qui les distingue des social-démocrates révolutionnaires [notons bien ici l’usage précis des mots : du social et de la démocratie, par la révolution] , c’est justement qu’ils ne veulent pas songer et réfléchir à la lutte de classe acharnée [un concept à actualiser rapidement ] et aux guerres de classe qui sont nécessaires pour réaliser ce magnifique avenir.

Nous ne devons pas nous laisser abuser par des mots. [Un raisonnement pour préciser que les mots de « défense de la patrie » sont certes galvaudés par la bourgeoisie, mais qu’il ne s’en ensuit pas pour autant qu’ils ne soient pas réels, à convoquer en cas d’invasion par exemple. ] Il serait tout simplement absurde de nier la « défense de la patrie » en ce qui concerne les peuples opprimés, dans leur guerre contre les grandes puissances impérialistes, ou le prolétariat vainqueur dans sa guerre contre quelque Gallifet [l’horrible « massacreur de la Commune », chercher sa page sur wikipédia, c’est navrant] d’un Etat bourgeois.

« A cela vient s’ajouter la considération d’ordre général que voici :

Une classe opprimée qui ne s’efforcerait pas d’apprendre à manier les armes, de posséder des armes, ne mériterait que d’être traitée en esclave. Car enfin, nous ne pouvons pas oublier, à moins de devenir des pacifistes bourgeois ou des opportunistes, que nous vivons dans une société de classes, dont on ne peut sortir autrement que par la lutte de classes. Dans toute société de classes, qu’elle soit fondée sur l’esclavage, sur le servage ou, comme aujourd’hui, sur le salariat, la classe des oppresseurs est armée. De nos jours, non seulement l’armée permanente, mais aussi la milice-même dans les républiques bourgeoises les plus démocratiques, comme la Suisse- constituent l’armement de la bourgeoisie contre le prolétariat. C’est une vérité tellement élémentaire qu’il n’est guère besoin de s’y arrêter spécialement. Il n’est que de rappeler l’usage qui est fait de la troupe contre les grévistes, dans tous les pays capitalistes.

L’armement de la bourgeoisie contre le prolétariat est l’un des faits les plus importants, les plus fondamentaux, les plus essentiels de la société capitaliste moderne. Et l’on vient, cela étant, proposer aux social-démocrates révolutionnaires de « revendiquer » le « désarmement » ! Ce serait là renier intégralement le point de vue de la lutte de classe et renoncer à toute idée de révolution. Notre mot d’ordre doit être : l’armement du prolétariat pour qu’il puisse vaincre, exproprier et désarmer la bourgeoisie. C’est la seule tactique pour une classe révolutionnaire, une tactique qui résulte de toute l’évolution objective du militarisme capitaliste et qui est prescrite par cette évolution. C’est seulement après que le prolétariat aura désarmé la bourgeoisie qu’il pourra, sans trahir sa mission historique universelle, jeter à la ferraille toutes les armes en général, et il ne manquera pas de le faire, mais alors seulement, et en aucune façon avant.

Si la guerre actuelle provoque chez les socialistes chrétiens réactionnaires et les petits bourgeois pleurnichards uniquement de l’épouvante et de l’horreur, de la répulsion pour tout emploi des armes, pour le sang, la mort, etc., nous avons le devoir de dire : la société capitaliste a toujours été et demeure en permanence une horreur sans fin. Et si maintenant la guerre actuelle, la plus réactionnaire de toutes les guerres, prépare à cette société une fin pleine d’horreur, nous n’avons aucune raison de tomber dans le désespoir. Or, objectivement parlant, c’est très exactement se laisser aller au désespoir que de « revendiquer » le désarmement-ou, plus précisément, rêver de désarmement- à une époque où, au vu et au su de tout le monde, la bourgeoisie elle-même prépare la seule guerre véritablement légitime et révolutionnaire, à savoir la guerre civile contre la bourgeoisie impérialiste. [ceci peut vouloir dire plusieurs choses : il y aurait eu un camp bourgeois révolutionnaire ; et/ou, certains des amis de Lénine en était. Cela veut surtout dire une chose qui est que les bourgeoisies nationales préparaient la guerre aux bourgeoisies internationales. ]

« La militarisation envahit actuellement toute la vie sociale.[nous sommes en 1917, en pleine première guerre mondiale] L’impérialisme est une lutte acharnée des grandes puissances pour le partage et le repartage du monde : il doit donc étendre inévitablement la militarisation à tous les pays, y compris les pays neutres et les petites nations. Comment réagiront les femmes des prolétaires ? Se borneront-elles à maudire toutes les guerres et tout ce qui est militaire, à réclamer le désarmement ? Jamais les femmes d’une classe opprimée vraiment révolutionnaire ne s’accommoderont d’un rôle aussi honteux. Elles diront à leurs fils : « Bientôt tu seras grand. On te donnera un fusil. Prends-le et apprends comme il faut le métier des armes. C’est une science indispensable aux prolétaires, non pour tirer sur tes frères, les ouvriers des autres pays, comme c’est le cas dans la guerre actuelle, et comme te le conseillent les traîtres au socialisme, mais pour lutter contre la bourgeoisie de ton propre pays, pour mettre fin à l’exploitation, à la misère et aux guerres autrement que par de pieux souhaits, mais en triomphant de la bourgeoisie et en la désarmant. »

Si l’on se refuse à faire cette propagande, et précisément cette propagande là, en liaison avec la guerre actuelle, mieux vaut s’abstenir complètement de grande phrase sur la social-démocratie révolutionnaire internationale, sur la révolution socialiste, sur la guerre contre la guerre. »

Origine du texte : Œuvres complètes, tome 23, p.84-96

Mireille Mathieu ; Quand fera t-il jour camarade : https://www.youtube.com/watch?v=fZf...



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