Indymedia Grenoble

Lettre à la galaxie anarchiste

vendredi 1er décembre 2017 par anonyme

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Quelques ajouts et mises à jour auraient été bienvenus pour accepter ce contenu.

Quelques extraits d’un texte anarchiste de novembre 2011 pour contribuer à la discussion autour des récents incendies grenoblois.

""Il nous semble que derrière l’actuelle manie de revendications ne se cachent pas trop de perspectives – ou au moins, nous avons du mal à les apercevoir. En effet, et par là nous ne voulons d’aucune manière enlever quoi ce soit à la rébellion sincère et courageuse de ces compagnons, il semble que c’est surtout la reconnaissance qui est recherchée. Une reconnaissance par l’ennemi, qui complètera rapidement ses listes d’organisations terroristes, signifie souvent le début de la fin : l’ennemi se met alors en route pour isoler une partie de la conflictualité plus large. Un isolement qui n’est pas seulement le présage de la répression, mais surtout, et voilà le plus important, que c’est la meilleure manière pour contrer une éventuelle contamination.""

""Aujourd’hui nombre de compagnons semblent préférer la solution facile d’une identité à la diffusion des idées et de la révolte, réduisant par exemple ainsi les relations affinitaires au fait d’adhérer à quelque chose. Evidemment, il est plus facile de prendre et de consommer des opinions toutes faites sur les rayons du supermarché militant, plutôt que d’élaborer son propre parcours de lutte qui rompe avec cela. Evidemment, il est plus facile de se donner une illusion de force à travers un sigle partagé, que de comprendre que la « force » de la subversion se cache dans la manière dont elle réussit à contaminer le corps social avec des idées et des pratiques libératrices. L’identité et la « formation d’un front » offrent peut-être la douce illusion de signifier quelque chose, surtout à travers le spectacle des technologies de communication, mais cela ne détruit pas le moindre obstacle. Pire encore, ceci manifeste tous les symptômes d’une vision peu anarchiste sur la lutte et la révolution, une vision qui croit pouvoir mettre en place, face au mastodonte du pouvoir, de manière symétrique, un illusoire mastodonte anarchiste. La conséquence inévitable, c’est que l’horizon se rétrécit et finit par un nombrilisme peu intéressant, quelques tapes dans le dos ici et là, et la construction d’un cadre exclusif et auto-référentiel.

Il ne nous étonnerait pas que cette manie paralyserait d’avantage le mouvement anarchiste autonome quand il s’agit de notre contribution aux révoltes toujours plus fréquentes, spontanées et destructives. Enfermés dans l’autopromotion et l’autoréférentiel, avec une communication qui se réduit à la publication de revendications sur internet, il ne semble pas que les anarchistes puissent faire grand-chose quand le bordel éclatera près de chez eux (à part les quelques explosions et incendies habituels, souvent contre des cibles que les révoltés eux-mêmes étaient déjà très bien en train de détruire). Au plus que nous semblons approcher la possibilité d’insurrections, au plus palpable ces possibilités deviennent, au plus les anarchistes semblent apparemment ne plus vouloir s’intéresser à l’insurrection.""

""Pour revenir au monde des fronts et des sigles, on pourrait par exemple prendre comme signe précurseur du proche enfermement dans un cadre auto-référentiel, les références obligées aux compagnons incarcérés. Il semble qu’une fois enfermés par l’Etat, ce ne soient plus des compagnons comme nous tous, mais avant tout des compagnons « incarcérés ». Les positions dans ce débat déjà difficile et pénible sont tellement figées qu’il ne reste que deux options : soit l’exaltation absolue de nos compagnons incarcérés, soit le dégoût absolu qui finit vite par le renoncement à continuer de donner corps et âme à la solidarité. Cela a-t-il encore du sens de répéter que nos compagnons enfermés dans les geôles ne se trouvent ni au-dessus ni en-dessous des autres compagnons, mais simplement parmi eux ? N’est-il pas effrayant de voir que malgré les nombreuses luttes contre la prison, le tournant actuel revient de nouveau avec le discours sur les « prisonniers politiques », désertant une perspective plus large de lutte contre la prison, la justice etc. ? En fin de compte, nous risquons ainsi de parachever ce que l’Etat cherchait à obtenir en enfermant nos compagnons : en en faisant des points de références centraux, abstraits et à exalter, on les isole de l’ensemble de la guerre sociale. Au lieu de chercher des manières pour entretenir des liens de solidarité, d’affinité et de complicité au-delà des murs en les plaçant radicalement au sein de la guerre sociale, la solidarité se borne à citer leurs noms à la fin d’une revendication. Cela génère en plus un cercle assez vicieux sans beaucoup de perspectives, celui de la surenchère en attaques « dédiées » à d’autres, plutôt que de trouver la force en soi-même quant au choix du quand, comment et pourquoi intervenir dans des conditions données.

Mais la logique du luttarmatisme est implacable. Une fois mise en route, il semble qu’il reste bien peu à faire. Tous ceux qui n’y adhérent pas ou n’en prennent pas la défense sont assimilés à des compagnons ne voulant ni agir ni attaquer, soumettant la révolte à des calculs et à des masses, ne souhaitant qu’attendre et rejetant l’impulsion de mettre le feu aux poudres ici et maintenant. Comme un miroir déformant, le refus de l’idéologie de la lutte armée devient le refus de la lutte en armes tout court. Evidemment, rien n’est moins vrai, mais il n’y a plus d’oreilles qui veuillent entendre ça, l’espace de la discussion est asséché. Tout est réduit à une pensée en blocs, en pour ou en contre, et la voie, selon nous la plus intéressante, du développement des projectualités insurrectionnelles, se voit définitivement mise de côté. A la grande joie des libertaires formels et des pseudo-radicaux comme des forces répressives, qui ne veulent rien de plus que l’assèchement de ce marécage.

Car aujourd’hui, qui souhaite encore discuter de projectualités, lorsque le seul rythme donné à la lutte est devenu la somme des attaques revendiquées sur internet ? Qui est encore à la recherche d’une perspective qui entende faire plus que simplement rendre quelques coups ?""

"" Rien n’aurait plus le goût amer d’occasions ratées quand, par le focus exclusif sur le ghetto identitaire, on renonce à découvrir nos complices dans la tempête sociale, à forger des liens d’idées et de pratiques partagées avec d’autres rebelles, à rompre avec toutes les formes de communication médiée et de représentation afin d’ouvrir de l’espace pour une vraie réciprocité qui se fait allergique à tout pouvoir et domination.""

https://salto.noblogs.org/post/2012...




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