Indymedia Grenoble

Politiques migratoires. Ce n’est pas qu’un naufrage en Mare Nostrum !

jeudi 21 décembre 2017 par anonyme

[Infos locales] [Migrations / Sans-paps]

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Ceci n’est pas un conte de Noêl

J’ai lu l’article du Monde des 17-18 décembre 2017 intitulé « Face aux flux migratoires, nous les maires, sommes au pied du mur » signé d’un « Collectif » ,signe des temps, de maires « de droite et en même temps de gauche et écolo » : Nathalie Appéré maire de Rennes (PS), Martine Aubry, maire de Lille (PS), Alain Juppé, maire de Bordeaux (LR), Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse (LR), Eric Piolle, maire De Grenoble (EELV), Roland Ries, maire de Strasbourg (PS à l’initiative de l’appel), Johanna Rolland, maire de Nantes (PS). Formidable article et formidable appel réclamant de la part de l’Etat « des mesures fortes et innovantes » en matière de politique migratoire et d’accueil des migrants mais aussi en matière d’hébergement et de traitement des demandes d’asile. Les mesures fortes du gouvernement arrivent... mais il n’est pas sûr qu’elles aillent dans le sens de l’innovation que certain-es de ces maires réclament. Nous attendions surtout celles promises par l’Etat pour juguler l’économie de braconnage de la drogue lorsqu’on sait comment les mafieux-passeurs, là-bas, et les mafieux-dealers, ici, sont des prédateurs pour ces proies que sont ces migrant-es notamment lorsque ces personnes sont déboutées du droit d’asile. Plus confortable de les voir comme des coupables !

D’ailleurs, nous ne savons pas très bien ce que ces édiles réclament ! Nous faisons en effet le constat, depuis quelques années, voire une décennie au moins, que leurs programmes électoraux et ceux de leurs partis présentés lors des diverses élections ont pour le moins été silencieux sur la politique à mettre en œuvre en direction des migrant-es quand ils n’ont pas été, au moins pour les partis de droite, des programmes fortement imprégnés de rejet des étrangers. Je n’ai pas les moyens de vérifier dans toutes les villes de ces édiles signataires ce qu’il en a été du contenu de leur programme mais je sais ce qu’il en a été à Grenoble, dans le département de l’Isère et dans la région Auvergne-Rhône Alpes de cet assourdissant silence à gauche et chez les écolos vis-à-vis des immigré-es. Je laisse aux confrères associatifs dans les autres régions, le soin de faire le bilan.

Président de l’ODTI (Observatoire des discriminations et des territoires interculturels), une association d’associations créée en 1970 et qui a été le partenaire de la commune de Grenoble jusqu’en 1983 (départ de Hubert Dubedout, victime d’avoir eu, selon la rumeur,... une mère kabyle), je sais comment cette association a participé à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une politique offensive et pionnière construite avec les étrangers : gestion de 500 logements, gestion de 4 foyers, du centre culturel de Sainte Marie d’en Bas, d’une médiathèque spécialisée, d’un service juridique, de services de formation notamment orientés vers les enfants de l’immigration dont Hubert Dubedout disait que leur intégration future dans la société était sa grande préoccupation. C’était dans les années soixante-dix, au début des regroupements familiaux, un propos d’une grande lucidité. Ensuite, je sais comment les moyens ont été taillés en pièces par les collectivités territoriales et par l’Etat. En 1995, avec le retour de la gauche et des écologistes au pouvoir à Grenoble, puis à la Métropole et au Conseil général, enfin au Conseil régional, nous espérâmes que les projecteurs seraient braqués à nouveau sur des programmes et des projets innovants. Illusoire espérance !.

Nous avons œuvré en 1996 pour l’établissement d’un Conseil des hôtes de Grenoble, réunissant personnes accueillantes et accueillies, préfigurant un conseil municipal réunissant Français, étrangers communautaires et étrangers non communautaires et qui soit en capacité d’élaborer un vrai programme politique avec ces migrant-es et leurs diasporas à soumettre au vote du conseil municipal officiel. Au lieu de cela, les élu-es ont opté pour le CCREG (Conseil consultatif des Résidents étrangers de Grenoble), rabattu sur les seuls étrangers non communautaires, bien incapable de dépasser la revendication du droit de vote aux élections municipales (une promesse de Mitterrand reprise par Hollande, aujourd’hui vieille de près de 40 ans). Nous avons œuvré aussi en 1996 pour une manifestation annuelle « Méditerranée, un pont entre deux rives ! » à l’ancien musée de peinture qui a été un grand succès mais qui n’a jamais pu avoir de seconde édition à cause de dissensions au sein du monde associatif. Au lieu d’un pont nous avons, d’une certaine façon, contribué aux boat-people et aux noyades de femmes, d’homme et d’enfants dans cette Mare Nostrum !

D’année en année, les moyens attribués par l’Etat et les collectivités territoriales à cette politique qui aurait permis d’anticiper un peu sur les malheurs d’aujourd’hui, ont été réduits inexorablement. En ce qui concerne le seul ODTI, entre 2003 et 2007, nous avons connu un siphonage en cumulé de 400 000 euros de nos subventions sur un budget de 1 million, obligeant à une cessation de paiement en 2007 et à un redressement judiciaire avec une dette à rembourser de 535 000 euros. Cette dette nous l’avons remboursée seuls, sans recapitalisation par les autorités publiques comme cela se fait fréquemment. Au cours de l’année 2018, l’ODTI aura soldé toutes ses créances, rubis sur l’ongle. Une occasion de fêter cela pour la 10ème édition de notre manifestation annuelle, Equinox Mètis, au moment de l’équinoxe d’automne, période aussi des 5 jours de fêtes oubliées de la Révolution française (jours de la vertu, du génie, du travail, de l’opinion et des récompenses), fêtes de fin d’année dans le calendrier républicains, fêtes des récoltes et fêtes aujourd’hui de la rentrée, de toutes les rentrées (scolaire, sociale, culturelle et politique). Nous l’organisations sous les auspices de la remarquable déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, ignorée presque dans tous les bâtiments publics, que nous avons affichée en grand, au-dessus du parvis de notre association, en cette année 2017 à l’occasion du 225ème anniversaire de la 1ère République. Beau symbole pour les migrant-es de 25 nationalités que nous hébergeons et, pour elles et eux, quelles promesses de futur écrites au présent, ensemble !.

Au lieu de seulement défiler, pétitionner et commémorer dans l’entre soi, tendances bien françaises, certes légitimes, à l’heure où le cœur battant de la francophonie est désormais en Afrique (de l’ordre de plusieurs centaine de millions de locuteurs francophones) et où les flux d’émigrant-es métropolitain-es rejoignent pour la première fois en nombre ceux des immigrantes, ne serait-il pas temps, de mettre en place un vrai programme politique avec les Migrant-es et les Diasporas qui soit à hauteur des enjeux. Il pourrait être inauguré à la suite de vrais Etats généraux et généreux des hôtes des métropoles et des régions rurbaines, ouverts à toutes et à tous, et surtout, à celles et à ceux qui expriment des réticences, voire des répulsions en ce domaine. Il nous faut absolument débattre, converser et controverser sur la place publique afin de construire, comme nous le faisons tous les jours, des compromis porteurs de sécurités collectives mieux maitrisées.

A Grenoble, la 10ème édition de la manifestation Equinox Mètis en septembre 2018 pourrait être le moment opportun pour le faire. Le parrainage de la secrétaire générale de la francophonie, Michaelle Jean pourrait être sollicité. Une belle manière de répondre, autrement que par des postures, aux défis qui se présentent et qui ne pourront que s’exacerber si nous ne faisons que rejeter la responsabilité sur les autres. Ces enjeux doivent être pleinement inscrits dans le champ politique si nous voulons les soustraire aux manoeuvres politiciennes d’où qu’elles viennent.

Claude Jacquier

Président directeur général bénévole de l’ODTI

Directeur de recherche honoraire au CNRS.



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