Indymedia Grenoble

Lettre ouverte aux organisateurs du colloque de « Frontex à Frontex »

dimanche 1er avril 2018 par anonyme

[Infos locales] [Migrations / Sans-paps] [Répression / Contrôle social] [Actions directes]

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à Romain Tinière, à Constance Chevallier-Govers, à leurs collègues...

Vous avez décidé d’organiser un colloque sur Frontex, à l’IMAG (Université de Grenoble Alpes), les 22 et 23 mars 2018. Revendiquant une approche juridique, vous affirmez que votre but n’était pas de débattre des politiques migratoires [1]. C’est un choix. Il est contestable. Il est en effet tout à fait possible de traiter de questions juridiques sans évacuer l’analyse politique, en assumant un point de vue critique. Vous ne voulez pas parler des enjeux migratoires. Soit. Or, vous présentez les choses avec les mots qu’utilise le pouvoir pour imposer sa vision et justifier ses politiques. Vous parlez de « crise migratoire », de « lutte contre l’immigration illégale », etc. C’est un choix. Il est contestable. Les mots ont un sens, ils véhiculent une façon de voir la réalité. Plutôt que de parler de « crise de l’accueil » et de « criminalisation des exilé.e.s » par le « bras armé de l’UE », vous préférez écrire que « la crise migratoire » a « amené » l’UE à « renforcer les pouvoirs de son agence, Frontex ». Et hop, le tour de magie est joué. Si Frontex doit se renforcer c’est à cause des migrant.e.s. S’il y a des enjeux migratoires, la seule réponse légitime, c’est la répression. Ce raisonnement implicite n’a rien à voir avec des questions juridiques. Il s’agit bien d’une vision politique. C’est la vôtre. Mais permettez-nous de la contester.

Vous avez décidé d’inviter des représentants d’institutions (Frontex/Europol) qui font la guerre au migrant.e.s. Et pas les migrant.e.s, traqué.e.s, harcelé.e.s, arrêté.e.s, enfermé.e.s, expulsé.e.s, mutilé.e.s qui subissent dans leur chair et leur tête les effets de cette guerre. Là encore, c’est un choix. Il est contestable. Rien ne vous obligeait à offrir une tribune aux acteurs de la militarisation des frontières qui appliquent les politiques anti-migratoires racistes et criminelles de l’UE. Les chercheurs n’invitent pas toujours les personnes, les groupes et institutions sur lesquelles portent leur recherche. Parfois, c’est même préférable. Vous trouveriez sans doute désagréable qu’un membre d’un groupuscule d’extrême droite sur lequel porte le travail de votre laboratoire de recherche viennent s’exprimer à un colloque. Non ? Vous pouviez donc discourir doctement entre « scientifiques » de considérations juridiques sur Frontex, sans donner la parole à l’un de ses représentants. Votre « événement scientifique » n’aurait pas perdu de son intérêt ni de son crédit.

Vous avez appris que des personnes, des associations, des syndicats, des collectifs ne souhaitaient pas que des responsables de Frontex et Europol viennent faire leur com’ et légitimer leur action à l’Université. C’est leur droit. Leurs arguments et revendications sont légitimes. Mais vous avez préféré les balayer avec morgue et indignation, vous efforçant de faire passer les contestataires pour des ignares qui se trompent de combat. Se pencher un peu plus sur les critiques qu’on nous adresse et accepter de se remettre en question, c’est souvent salutaire. Vous avez fait le choix de ne pas vous prêter à cet exercice. C’est un choix. Il est contestable. Vous pensez avoir raison, que les autres ont tort. La preuve, vous aviez également invité quelqu’un de la Cimade pour servir de caution critique à votre colloque. On ne pourrait donc décemment pas vous reprocher d’être d’un côté ou de l’autre. Tout le monde peut s’exprimer. Une minute pour la défense, une minute pour l’accusation. Et le tour de passe passe est joué, la pilule prête à être avalée. Le problème reste la présence de Frontex à la fac...alors même enrobée dans du beau papier, on n’en veut toujours pas !

Vous avez décidé que ce colloque aurait lieu comme prévu, coûte que coûte. Même si cela devait se passer sous haute protection policière. Avec 2 policiers en civil à l’intérieur filtrant au faciès les entrées et des fourgons faisant la ronde autour de l’IMAG. Encore une fois, c’est un choix. Il est contestable. Faire appel à la police pour étouffer la contestation sur un campus universitaire, c’est osé. Transformer un lieu où s’élabore le savoir en bunker, tout autant. Mais alors empêcher, au nom de la« Démocratie », de la « Science », et de la « Liberté d’expression » une action contre des institutions répressives (Frontex/Europol) , avouez que c’est carrément cocasse. Vous avez décidé de « protéger » la tribune offerte à des représentants d’institutions criminelles dont vous reprochez vous-même l’opacité. Les protéger de quoi ? De quelques militant.e.s contre l’Europe-forteresse, solidaires des migrant.e.s persécuté.e.s par ces mêmes institutions. Et venu.e.s joyeusement exprimer leur colère en scandant des slogans. C’est ça votre rôle ? Défendre la liberté de parole des puissants et étouffer les voix minoritaires qui tentent de résister à ces puissants. Vous êtes sérieux , là ?

Et puis...vous avez décidé d’assister passivement à un passage à tabac extrêmement violent dans l’enceinte même où vous discutiez poliment avec Frontex et consort. Des dizaines de personnes se sont faites défoncer à l’aveugle et sans sommations par des flics déchaînés qui ont pénétré en furie dans la salle des débats. Une dizaine de personnes blessées. 3 à la tête. 4 hospitalisées. Tout ça sous vos yeux. Laisser les flics, bien connus pour leur amour du débat contradictoire et de l’argumentation subtile (avec le « dégage connard » suivi du coup de matraque comme figure rhétorique de prédilection), régler les choses « à leur manière », ou accepter que la fête soit un peu gâchée par quelques militant.e.s ...vous aviez le choix. Ne rien faire face à ce déchaînement de violences que vous avez encouragé en vous mettant sous protection de la police est un choix. Il est contestable. J’espère que vous en avez un minimum conscience… parce que la pilule est de moins en moins facile à avaler.

Et enfin, vous avez décidé de reprendre rapidement les « travaux » sans même attendre que le sang des manifestant.e.s n’ait séché. Comme si rien ne s’était passé. Et en donnant la parole à un autre flic qui n’avait pas été invité, lui, pour taper des militant.e.s, mais pour faire la promo d’Euromed Police : Michel Quillé. Vous avez fait le choix de continuer. Sans rien dire. Sans dénoncer l’usage disproportionné de la force et les violences policières dans la salle de votre colloque. Sans exprimer la moindre solidarité avec les personnes blessées ni chercher à vous enquérir de leur santé. Sans trahir la moindre émotion. Rien, silence et blagues gênées quand ce n’était pas pour rappeler votre désapprobation de cette action. C’est votre choix, là encore. Il est contestable… mais la pilule ne passe vraiment pas.

Pour finir en beauté et montrer comme vous êtes cohérent.e.s jusqu’au bout, vous vous êtes plaint.e.s. Vous avez pris le temps de faire une « mise au point » [2]. Vous présentant comme des victimes. Décrivant les contestataires comme une dangereuse menace contre les « libertés universitaires », des gens « tout sauf pacifique » munis d’un terrible accoutrement (gants, cagoules...). Justifiant l’intervention policière (tiens, rien n’est dit sur leur accoutrement à eux, casques, boucliers, gazeuses, tonfas...). Taisant le déchaînement de violences policières. Regrettant la « tournure violente » des événements sans en mentionner les véritables auteurs...mais en en faisant porter la responsabilité aux militant.e.s qui auraient causé des « dégradations ». Bref, racontant les faits avec une rigueur pas très « scientifique ». Mais ce n’est pas grave, vous avez le choix de pouvoir dire n’importe quoi. Et vous avez le droit avec vous, vous qui êtes des experts du droit.

Un ex-universitaire repenti, déserteur du monde académique

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[1] Article du Daubé du 23 mars 2018

[2] Mise au point des organisateurs.



Compléments d'informations :
Transfert : Lettre de la présidence suite mouvement du 3 Avril 2018
par anonyme,
le 4 avril

Mesdames, Messieurs, Cher.e.s collègues,

Je tiens à vous informer des événements suivants :

Ce mardi 3 avril à partir de 12h30, le bâtiment de la Présidence a été envahi par 60 à 80 individus dont certains visages masqués ou partiellement dissimulés. Suite au déclenchement de l’alarme incendie, le personnel du bâtiment a été évacué à 13h10. L’issue de sécurité donnant accès au parking a été bloquée par des poubelles et autres matériels. La porte d’entrée principale a également été bloquée avec un barrage filtrant. A 13h40, le personnel du bâtiment présidence a été placé en autorisation d’absence.

Dans l’après-midi, les locaux ont fait l’objet de dégradations multiples (graffitis, boules puantes et poubelles renversées). Au moment de la fermeture du bâtiment à 19h00 effectuée par la direction du patrimoine, une dizaine de personnes s’est maintenue devant le bâtiment et a refusé de libérer les locaux. A 20h00, des personnes ont allumé des fumigènes sur le toit du bâtiment, et du mobilier du bâtiment a été sorti à l’extérieur. A 22h00, la situation n’avait pas évolué, laissant courir le risque d’une occupation prolongée la nuit, de dégradations plus importantes et de dangers pour le bâtiment lui-même.

Dans cette situation et dans l’impossibilité de laisser des personnes occuper le bâtiment présidence durant la nuit sans surveillance et en l’absence du personnel, la présidence a été contrainte de demander l’évacuation du bâtiment. Entre temps, les gardes du campus ont constaté que la dizaine d’individus qui s’était maintenue dans le bâtiment avait quitté de son propre chef les locaux, laissant derrière eux de multiples dégradations, outrages et vols de matériels.

Ce mercredi matin, le personnel a rencontré des difficultés à intégrer le bâtiment dont les portes d’accès ont été cassées. Les personnels,constatant l’importance des dégâts, sont sous le choc.

Je condamne avec la plus grande fermeté ces actes de violence, d’outrages, de dégradations et les vols. C’est l’ensemble de la communauté universitaire qui est touchée par ces agissements agressifs, irrespectueux et attentatoires à la liberté des personnes et des biens. Nous ne pouvons pas tolérer ces actes inadmissibles qui vont à l’encontre des valeurs que nous défendons quotidiennement sur ce site. L’Université portera plainte pour dégradations, vols de biens publics et propos outrageux. Elle devra nécessairement supporter les coûts engendrés par les différentes réparations et le remplacement de matériels dérobés. Parce que nous ne devons pas céder à ces agissements, je m’engage résolument, avec l’aide des services déjà mobilisés, à remettre rapidement en état le bâtiment afin de poursuivre notre mission de service public dans les meilleures conditions. De plus, il nous faut tout faire pour éviter la répétition de tels actes à l’avenir.

Bien cordialement,

Patrick Lévy

Président de l’Université Grenoble Alpes

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