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De la violence et du vote électronique à l’UGA : le président de l’UGA serait-il un fervent lecteur de 1984 ?

vendredi 20 avril 2018 par Pascale Harmenn

[Infos locales] [Mouvements lycéens / Etudiants]

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De la violence et du vote électronique à l’UGA : Patrick Lévy serait-il un fervent lecteur de 1984 ?

Alors que la direction de l’UGA se prétend contre la sélection à l’entrée de l’université, elle propage sciemment des mensonges depuis le début du mouvement étudiant.

« [Lévy] finirait par annoncer que 2 et 2 font 5 et il faudrait le croire »

Les étudiant-e-s et les personnels sont bombardé-e-s de messages catastrophistes et alarmants concernant de prétendues violences contre des personnes de la part d’étudiant-e-s mobilisé-e-s. Visiblement, nous ne vivons pas dans le même monde. Des étudiant-e-s qui chantent des slogans en tapant dans leurs mains ne semble pas d’une violence incommensurable. Le vocabulaire employé par Patrick Lévy et sa clique déforme ou recompose la réalité. Ils cherchent à effrayer le personnel de l’université. C’est lui qui crée le sentiment d’insécurité en parlant « d’intimidation », « violence envers les personnes », « dérives », « méthodes inadmissibles » [1]… C’est sans compter sur Y. Markowicz [2] qui lui use carrément sur Facebook d’un vocabulaire guerrier : « le bâtiment est cerné », « menaces », « personnes potentiellement dangereuses ». La situation à l’UGA serait-elle comparable à celle de Gaza ou à celle de la Syrie. Visiblement, ces grands responsables n’ont pas pris la peine de venir sur les points de blocages. Ils auraient pu constater le calme des étudiant-e-s qui offrent le café et les croissants aux personnes qui viennent discuter avec eux.

Par ailleurs, de quelle violence parle-t-on ? Est-ce que la sélection sociale qui vise à exclure les plus pauvres de l’université sans le dire ouvertement n’est pas violent ? Se battre pour un accès aux savoirs pour tous est-il si dangereux ? Alors que la situation politique et économique tire est un terreau fertile pour des idées nauséabondes, il est plutôt rassurant de voir que des personnes se battent pour l’accès aux savoirs, pour des services publics de qualités. La direction de l’UGA devrait sortir de sa toute puissance, faire un pas de côté et regarder ce qui se joue autour d’elle.

A quoi cette rhétorique peut-elle donc servir ?

Cette rhétorique a bien une fonction. Elle permet de créer un sentiment de peur chez des personnels. En usant de leur position de dominants au sein de l’institution et de la société, les membres de la direction de l’Université veulent manipuler l’opinion en tentant de se faire passer pour des personnes responsables, « objectives » qui ne prennent pas parti.

Quelles sont les « missions de service public » dont la direction de l’UGA nous rebat les oreilles et qu’elle prétend maintenir contre vents, marées et bloqueurs ? Ces missions, c’est précisément de permettre aux étudiant-e-s de se forger un esprit critique et émancipateur. De leur donner des cadres théoriques qui leur permettront de comprendre et analyser le monde. De ne pas se laisser avoir par des fakenews. Il est navrant de se rendre compte qu’alors que nous essayons d’expliquer aux étudiant-e-s lors de nos cours comment repérer de fausses informations, comment et pourquoi est produite l’information, ce qu’est une source ou une information fiable, la direction de cette même institution propage sur les réseaux sociaux de fausses informations pour assurer sa domination sur les étudiant-e-s mobilisé-e-s... et arriver à ses fins ? En ce faisant l’équipe présidentielle de l’université pratique l’exact contraire des missions qui lui ont été confiées.

En revanche, les étudiant-e-s mobilisés contre la loi ORE débattent de quelle université ils veulent, questionnant ainsi le fonctionnement du système scolaire dans son ensemble. Ce débat à la fois global et précis pose également la question de la société dans laquelle on souhaiterait vivre. Ce faisant, les étudiant-e-s sont beaucoup plus responsables que la direction de l’UGA. De plus, en se battant pour des services publics de qualité, les étudiant-e-s mobilisés se battent également pour l’amélioration de nos conditions de travail. Ils ont bien conscience qu’avec des personnels sous pression, exténué-e-s, précaires et en sous effectifs, une université ouverte ne pourra pas fonctionner. Ces étudiant-e-s sont meilleurs défenseurs de nos statuts que notre propre direction !

Patrick Levy veut mettre en place un vote électronique à la rentrée d’avril sur la question des blocages, présentant cela comme un geste démocratique fort. Les AG étudiantes et des personnels réunissent beaucoup plus de monde que les pseudos AG organisées par les directions des 3 anciennes universités pour nous faire avaler la fusion quoi qu’il arrive ! Pour autant, jamais la direction de l’UGA n’a remis en cause le principe de la fusion, alors que manifestement les personnels dans leur grande majorité étaient contre. Il a beau jeu de parler de démocratie, alors que le fonctionnement de l’université repose sur des arrangements entre amis. Une partie des décisions échappent aux conseils centraux, qui par ailleurs sont élus par peu de votants. Pourtant, à aucun moment, il ne se pose la question de la légitimité de ces conseils qui lui permettent d’assurer sa position dominante. Faut-il rappeler qu’une partie des budgets de l’IDEX sont attribués dans d’obscures conditions.

Toujours concernant la mise en place de la sélection à l’UGA, que fait Patrick Levy des composantes dans lesquelles les conseils ont voté contre les attendus, contre le tri des dossiers et dont les responsables ont quand même rempli les attendus de ParcourSup ?

De plus, si Notre Président s’inquiétait réellement de nos conditions de travail et de notre avis, il s’attaquerait plutôt aux conséquences de la fusion et du PRE sur les personnels. Par ailleurs, il semble que le personnel a manifesté plusieurs fois fin 2016 quant aux conditions d’attribution et la répartition des primes à l’UGA. Cela n’a pas semblé émouvoir ces mêmes personnes qui s’octroient ces fortes primes. Enfin, à quand une réelle consultation des personnels sur la future université intégrée ? A ce propos, que fait M. Lévy de l’avis du CHSCT du 23/05/2016 qui refuse toute nouvelle fusion ?

Par ailleurs, si MM. Lévy et Markowicz avaient pris la peine de se déplacer aux AG, ils auraient pu se rendre compte qu’elles sont très démocratiques. Celle qui a voté le blocage du DLST était même animée par une majorité d’étudiant-e-s contre les blocages (Inter asso, En Marche) !

Le vote électronique n’est pas démocratique. C’est un simulacre populiste. Il utilise là les méthodes prônées par la droite depuis des années pour casser les mouvements de grève. En instaurant cette méthode, après avoir fait peur aux personnels à coups d’emails alarmistes depuis 2 semaines, M. Lévy incite à la réaction à chaud, sous le coup de l’émotion plutot qu’à la réflexion sur le fond. Exactement le contraire de ce que les enseignants tentent de faire comprendre aux étudiant-e-s lors de cours sur la désinformation. Exactement le contraire des missions qui sont confiées aux universitaires. Il prend les personnels pour des imbéciles, en leur demandant de se prononcer sans avoir la possibilité de mettre en place un débat de fond. Se prend-il pour le président Camacho du film Idiocracy ? Veut-il faire valider ses positions à l’applaudimètre dans un stade avec un débat qui tient plus du show abrutissant que de la réflexion étayée ?

Comment ce vote peut être légitime alors qu’il va toucher des personnels qui ne travaillent pas sur le campus, des étudiant-e-s en stage, qui rédigent leur mémoire et qui donc ne sont pas touchés par les blocages ? Ce vote qui peut s’apparenter aux 2 minutes de la haine contre le livre d’Emmanuel Goldstein dans 1984 peine à masquer la lâcheté du président de l’université. Il prétend oralement être contre la sélection, mais ne fait rien contre les UFR qui remplissent les attendus de ParcourSup, bien au contraire.

Ce vote électronique est un cache sexe : M. Lévy est un libéral qui s’accommode très bien de la politique de Macron. Cependant, il assume mal une position tranchée qui ne lui permettrait pas de jouer sur plusieurs tableaux à la fois. Il préfère donc tenter de manipuler le personnel pour arriver à ses fins. Il espère ainsi faire valider ses positions en passant pour un grand démocrate responsable.

« Le passé était raturé, la rature oubliée et le mensonge devenait réalité »

Par ailleurs, comme Macron, Hollande, Sarkozy et consorts, Patrick Lévy et son équipe participent activement à la destruction des acquis des mobilisations sociales. L’auto-organisation fait partie de l’ADN du mouvement ouvrier, ligne dans laquelle s’inscrit la lutte contre la loi ORE. Elles permettent de s’organiser, de réfléchir, d’avancer collectivement et de sortir du cadre de l’ordre établi. Et oui, Patrick Lévy et son équipe font partie de l’ordre établit. A ce titre, ils ne supportent pas les AG de mobilisation ; ils ne supportent pas que leur pouvoir soit un tant soit peu contesté. Les AG de grévistes sont légitimes, n’en déplaisent aux dirigeants ! Les personnels n’ont pas à imposer aux étudiant-e-s de bloquer ou de débloquer un bâtiment.

Dans la lignée des mails de ces derniers jours, le vote électronique, si il a lieu n’est que le dernier avatar en date du libéralisme autoritaire qui ne supporte pas la contestation. « Le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin. » écrivait Orwell. Lévy en est une illustration. Il a pour fonction de faire taire la contestation et de faire passer ParcourSup, et autres réformes libérales avec le plus fluidité possible.

Pascale Harmenn

[1] Voir les mails envoyés par Patrick Lévy à tout le personnel de l’UGA en date des 4, 10, 11 et 13 avril 2018.

[2] Voir le compte Facebook du DLST : https://fr-fr.facebook.com/DLSTgrenoble/.



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