Indymedia Grenoble

Chroniques de l’agitation professionnelle - Une semaine de lutte à Grenoble

lundi 23 avril 2018 par anonyme

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Nos vies ont été agitées et bouleversées ces deux dernières semaines par ce qu’il faut bien oser appeler "un mouvement social", dont l’épicentre semble être l’université, avec, pour l’instant, encore quelques difficultés pour en sortir. Très récemment, Emmanuel Macron, traitait de "Professionnels du désordre et de l’agitation" celles et ceux qui, comme nous, luttons à partir de nos lieux d’études dans l’espoir de renverser l’ordre du monde. Nous voulions partager le récit de ce que nous en avions vécu, avec l’envie que ces récits convergent avec d’autres luttes en cours.

PRÉAMBULE

Dès septembre, pas mal de gens tentaient déjà de se bouger sur le campus de Grenoble. Autour des bibliothèques universitaires d’abord, plutôt avec succès, puis autour de la loi Vidal en préparation. De nombreuses AG à quelques dizaines se succéderont ainsi sans grand résultat. Ailleurs, ça prend doucement à partir de début mars, notamment à Toulouse. Puis, le 22 mars, deux événements répressifs vont agiter tout ça. D’abord à Montpellier, où une milice armée et cagoulée expulse un bâtiment occupé par des étudiant·e·s, accompagnée du doyen de la fac de droit. Puis à Grenoble où les flics viennent tabasser celles et ceux venus s’opposer à la tenue d’un colloque sur l’immigration organisé par Frontex et l’université. La semaine suivante, les syndicats étudiants organisent un printemps des chaises et appellent à une journée de mobilisation le mardi 3 avril. Environ 200 personnes répondent à cet appel et se retrouvent pour occuper jusqu’au soir le bâtiment de la présidence et y voter en AG le blocage de l’ARSH pour le jeudi suivant. Entre temps, le mercredi, la presse titre sur les mensonges répétés du président de l’Université Grenoble-Alpes (UGA) Patrick Lévy, qui deviendra très vite l’ennemi commun. Lui parlera plutôt de 40 personnes cagoulées extérieures au campus venues saccager ses bureaux, photos de 2 tags à l’appui. Dans le même temps, une missive nous parvient avec la demande d’intervention des forces de l’ordre pour Frontex, signée de sa main, alors qu’il avait précédemment nié faire cette demande. Et ce n’est qu’un début. Le jeudi, l’ARSH est donc bloqué joyeusement par une centaine de personnes, et une AG se tient sur l’agora le midi à environ 300 personnes. On y vote l’extension du blocage au bâtiment Stendhal et l’occupation de l’ARSH, après la manif’ du personnel devant le rectorat qui a lieu le midi. Au retour, le bâtiment étant fermé, le directeur des services de la fac, Joris Benelle, promet de venir négocier mais ne vient jamais. Les portes ne sont pas forcées pour rentrer et l’occupation est donc reportée. Le lendemain, le blocage se poursuit. Tout le monde promet de se retrouver à nombreux·ses dès le lundi matin, avec petit déjeuner, café, sono, et ami·e·s. Une inscription évocatrice du mardi soir sur la façade de la présidence se réalise alors : "Nous avons commencé".

LUNDI 9 AVRIL

6H FAC – BLOCAGE DE STENDHAL
Des silhouettes se dessinent dans le petit matin du campus. S’activant en tous sens à la réalisation d’ouvrages mystérieux. Poubelles, barrières et caddies sont savamment agencés devant les portes du bâtiment Stendhal. Nous sommes une centaine, et le blocage de la fac, annoncé en grande pompe à la une du Daubé, a commencé. Le jours se lève et Hakuna Matata rugit sur la fac, un employé esquisse un petit pas de danse, les sourires sont là. Les peintres s’activent pour nous donner de la voix, respectant pour l’essentiel le schizophrénique vote du comité de mobilisation du vendredi contre les graffitis, celui-ci allant même jusqu’à adopter les mots et le regard policier de la présidence en parlant de « dégradations ». 68 et son héritage de poésie murale offensive est encore loin, pour le moment. Le soutien à la ZAD de Notre-Dame-des-landes, qui subit depuis 3h du matin une opération militaire d’une brutalité criminelle, s’exprime. On dresse une table de petit déjeuner. On s’organise pour surveiller les différentes entrées. On court parfois sans raison lorsque la rumeur d’une tentative de déblocage nous parvient. Voilà quelques semaines que dans plusieurs villes des facs sont bloquées et occupées par des milliers de personnes. Ce matin là, nous sommes heureux·ses de les rejoindre en enfonçant le clou planté la semaine passée, avec le sentiment d’être au début de quelque chose de beau.

10H RAILS – ASSEMBLÉE DES CHEMINOTS
Plus d’une centaine de cheminots sont réuni·e·s en assemblée générale et votent à la quasi-unanimité la reconduction de la gréve (1 abstention sur 108 votes). La volonté de faire converger les luttes émergentes est présente dans nombre de bouches. La veille ils étaient nombreux à aller soutenir celles et ceux qui luttent au barrage du Sautet. Une délégation étudiante vient témoigner du soutien de leurs camarades et les invitent à les rejoindre à l’assemblée générale du midi. D’autres voix s’expriment, autour de la fermeture de la ligne Grenoble-Gap, de l’aide possible d’un centre social autogéré ou de ce qu’il se passe à la ZAD.

12h30 FAC - ASSEMBLÉE ÉTUDIANTE
Prés de 800 personnes sont là, ce qui déjà constitue une indéniable réussite en faveur du blocage. Habituelle présentation de la loi puis ouverture des débats. L’ambiance est à l’enthousiasme, les applaudissements fusent pour encourager la lutte. Plusieurs briseur·ses de grève s’expriment en masquant leur affiliation politique, l’une prétend n’être ni de droite ni de gauche alors qu’elle est encartée à l’UNI (syndicat d’extrême droite), un autre se présente comme un simple étudiant en pharma alors qu’il est président d’InterAsso (regroupement d’ associations étudiantes manifestement contre les blocages) Les leaders syndicaux nous font part de leur amour du micro et au passage tacle efficacement les briseurs·ses de grève. Tout le monde en appelle à la démocratie et à la légitimité des Assemblées Générales souveraines. Nous restons songeurs·ses. Nous n’arrivons pas à trouver d’exemples d’autres luttes qui mettent autant d’énergie à construire cette situation absurde : discuter et décider des moyen de la lutte avec celles et ceux qui se positionnent très clairement comme ses ennemi·e·s. A-t-on déjà vu des cheminots appeler l’ensemble des usager·e·s à décider de la reconduction de la grève ? Ou des personnes en luttes contre des Grands Projets destructeurs discuter des orientations de la lutte avec les partisans de ces infrastructures ? Il nous semble au contraire qu’une lutte tient sa légitimité en elle même, que le principe majoritaire a montré à plusieurs reprise dans l’histoire qu’il était potentiellement vecteur de désastre, que toute les conquêtes émancipatrices ont été historiquement le fait de minorités qui croyaient en leurs idées de la vie, du bonheur. Et que tout compte fait, nous n’avons besoin d’aucune légitimité sur laquelle nous appuyer pour croire en la justesse de notre lutte. Une très large majorité vote la reconduction du blocage ainsi que son extension au bâtiment Simone Veil, dont l’occupation est également prévue.

16H FAC - OCCUPATION VEIL
Dans la foulée de l’assemblée et pour joindre le geste à la parole, 200 étudiant·e·s investissent le bâtiment Simone Veil. Toutes les tables et les chaises sont sorties pour en faire des barricades. Étant prévenu·e·s de la demande d’intervention de la police de la part de la présidence, un point d’information anti-répression s’improvise. Lorsque les flics débarquent nous choisissons de partir en déambulation sur le campus, en chantant jusqu’à la présidence.

19H- Rassemblement place Notre-Dame – LA ZAD VIVRA
Dès l’aube, des centaines de gendarmes ont envahi la ZAD, ce petit bout de territoire qui a lutté pendant plus de 40 ans et gagné le 17 janvier l’abandon de l’aéroport. Ce soir, alors que là-bas les gendarmes continuent de mutiler des camarades et de détruire des lieux de vie, les esprits sont chargés de colère, mais aussi d’inquiétude. Les grenades assourdissantes font des cratères dans la terre du bocage, le meurtre de Rémi Fraisse n’est pas loin, et nous sommes nombreux·ses à avoir des ami·e·s qui y vivent, ou qui sont parti·e·s aider à défendre l’expérimentation politique la plus vivante de notre temps. Nous sommes plus de 200, on se donne des nouvelles, et on attend, un peu circonspects. Soudain une banderole surgit et nous nous engouffrons à sa suite dans les petites rues de la vieille ville aux cris de « la Zad vivra ! La Zad vaincra ! ». Une bonne partie du cortège est masquée et déterminée à ne pas rester sans rien faire. Seulement, les départs en manif sauvage depuis Notre-Dame sont, depuis le printemps 2016, devenus une routine autant pour nous que pour les flics. Et ce soir ils sont là en nombre, bien décidés à ne pas nous laisser atteindre les places Grenette et Félix Poulat. Alors on bifurque à l’instinct, pas assez confiant·e·s en nos propres forces pour aller un peu plus au contact. Cela fait un moment que nous ne nous sommes pas tenu·e·s ensemble dans la rue. On fera un petit tour du jardin de ville puis retour jusqu’à la place aux Herbes. Où on se disperse, un peu déçu·e·s de nous même, ne pas sentir à la hauteur, pour les ami·e·s là bas. Ce soir l’énergie était là, mais l’organisation nous manquait.

MARDI 10 AVRIL

Sur la fac on apprend que l’UNI, présents la veille à l’AG en garants de la démocratie, a débloqué l’entrée principale de Stendhal, et qu’un incendie a été maîtrisé sur les jardins d’Utopie. Sans surprise, on réveille les réacs qui se rangent directement du côté du pouvoir. On retourne bloquer Veil, et face aux portes fermées, décidons ensemble d’investir le CLV à la place. Un comité de mobilisation se tient immédiatement, et quelques minutes après son début, Joris Benelle vient menacer les étudiant·e·s mobilisé·e·s d’une intervention policière dès 17h. Le midi, une AG des personnels en lutte se tient dans le bâtiment occupé et un rassemblement est appelé pour 17h pour faire face à la police et permettre de garder le lieu. Plus de 400 personnes viendront soutenir cette occupation, dont pas mal de profs et personnels. L’occupation tient.

MERCREDI 11 AVRIL

6H FAC – LÉVY DÉMISSION !
À l’aube, on trouve une 20aine de personnels accompagnés de vigiles cachés dans l’ombre derrière Stendhal, pris de surprise par notre arrivée matinale. En parallèle, l’administration envoie un mail au personnel pour leur expliquer qu’ils pourront bientôt de nouveau travailler car tout sera débloqué « pacifiquement » avec la sécurité privée. Dans le même temps, quelques personnels forcent une entrée de Stendhal, soit disant pour effectuer les paies des salarié·e·s précaires de l’université. Ces dernier·e·s, vacataires, étaient venu·e·s répondre au même chantage effectué par Benelle à l’AG de lundi, nous expliquant non seulement avoir déjà été payé·e·s, mais avoir eu 3 mois de retard dans leur paie l’an passé. S’en suivent de longues négociations où il est décidé de bloquer l’entrée à d’autres personnels et de rebloquer dès le lendemain matin. Les mensonges répétés de la direction agacent non seulement les étudiant·e·s mais également une bonne partie du personnel de la fac qui reçoit des informations contradictoires et qui est utilisé comme briseur de grève. La position de Lévy, volontairement manipulatrice et mensongère à grands renforts de mails quotidiens est extrêmement clivante. On réalise que le campus se divise. Les assos étudiantes, InterAsso en tête, ainsi que le président du DLST (bâtiment sciences) tentent de mobiliser contre le blocage pour l’AG du lendemain, à coups de filtres facebook, de mails incendiaires, de menaces à peines voilées et de pétitions. Cette situation, plutôt que de renforcer la mobilisation, va la fragiliser. L’AG du jeudi devient source d’angoisse, car tout le monde est effrayé à l’idée que la lutte puisse s’arrêter d’un coup net à cause de quelques réacs venus voter. Aucune discussion n’a d’ailleurs réellement lieu sur quoi faire en cas de vote négatif, et la pertinence de cette pseudo-démocratie étudiante est à peine soulevée par quelques camarades qui suggèrent plutôt la tenue d’AG de luttes comme c’est le cas dans absolument toutes les autres formes de mobilisation, y compris actuellement pour les Cheminots.

JEUDI 12 AVRIL

12H30 FAC – AG ÉTUDIANTE - « On n’entend pas chanter Interasso »
Les deux assemblées précédentes avaient commencé à donner le ton en montrant que les blocages libèrent du temps et impliquent plus fortement les étudiant·e·s. Cette fois encore, on n’est pas déçu·e·s : plus de 1200 personnes sont présentes. L’excès de démocratisme propre à ce genre d’AG nous amène à la situation complètement incongrue d’avoir une tribune composée presque exclusivement par des gens hostiles au mouvement (comme par exemple deux membres des Jeunes avec Macron !!!). Pendant près de trois heures, les débats tournent principalement autour de la reconduction ou de la levée des blocages déjà en place. Les arguments ne varient pas beaucoup de mouvement en mouvement et l’on assiste à l’éternelle litanie des prises de parole dénonçant le caractère « non démocratique » des blocages, menés par « une minorité » qui « prend en otage » les étudiant·e·s… Rien de bien nouveau sous le soleil et un discours similaire à celui entendu à propos des cheminots. Malheureusement, ces interventions ont tendance à polariser le débat autour de la justesse ou non de bloquer les bâtiments du campus, empêchant l’assemblée de prendre le temps de discuter d’autres perspectives de mobilisation à se donner. Toutefois, cela reste plaisant de pouvoir se compter, de constater qu’une colère partagée est bien présente et qu’elle s’étend (ou se rend visible) de jour en jour. C’est la mine basse que repartent les anti-bloqueurs, puisque malgré leurs appels sur internet à rameuter du monde pour voter contre le blocage, le résultat des votes s’avère être très majoritairement en faveur du maintien et – même – de l’extension des blocages à Sciences-Po et au bâtiment de sciences. Dans un élan complètement absurde, les présidents de l’IEP et du DLST décident de fermer préventivement leurs bâtiments dans la foulée de l’AG pour prévenir les blocages prévus… le lendemain...

12h30 FAC – AG DU PERSONNEL
L’amphi est bondé, près de 300 personnes. L’ambiance est électrique, tout le monde semble bien énervé par les manigances de Patrick Lévy qui depuis trois semaines communique à tout va contre le mouvement quand il n’envoie pas directement la police brutaliser les manifestants le 22 mars, où les déloger le 9 avril. Partout il ment et use de procédés outranciers, ce qui contribue nettement à faire chuter sa crédibilité. Les prise de paroles s’enchaînent pour dénoncer les violences policières, soutenir les étudiant·e·s en lutte et tenter de réveiller la combativité du corps professoral dont les conditions de travail, comme celles de l’ensemble du personnel, se dégradent continuellement. Il sera ainsi voté massivement le soutien aux étudiant·e·s, le refus de toute intervention policière sur le campus, et la demande d’ouverture d’une enquête sur les agissements de Patrick Levy auprès du CHSCT.

VENDREDI 13 AVRIL

Tôt le matin sur la fac, le blocage du DLST crée quelques remous et débuts de bagarres avec la direction du bâtiment et quelques anti-bloqueurs. La situation se tend mais ce blocage ainsi que celui de Sciences-Po tiennent grâce à la détermination des étudiant·e·s en lutte.

10H RAILS - AG DES CHEMINOTS
Grand soleil. 200 personnes sont présentes sur le parvis de la gare pour l’AG des cheminots, dont une moitié en soutien. La reconduction de la grève est votée une fois de plus à la quasi unanimité. Plusieurs prise de paroles rappellent que le ministre de l’écologie Nicolas Hulot est présent à Grenoble ce jour là, et se trouve à ce moment même à quelques pas de la gare, au CEA. L’invitation collective à aller lui rendre visite est passée par un camarades de la CGT et des membres du Comité ZAD Grenoble. Elle sera peu suivie.

11h HULOT – LA TRANSITION à COUP DE MATRAQUE
Nous sommes seulement une vingtaine, pour l’essentiel des soutiens à la ZAD, à partir de la gare et à nous mettre en route, dans un grand élan de naïveté, pour le CEA, où Eric Piolle accueille Nicolas Hulot. Au niveau de l’arrêt de tram ‘Europole - Cité internationale’ nous tombons nez à nez avec quelques BACeux et plusieurs fourgons de CRS. Et plutôt que de se replier promptement nous nous jetons littéralement dans leur bras, sans doute convaincu·e·s que notre inoffensivité manifeste nous préservera de toute altercation. Bien à tort. Plusieurs dizaine de CRS sortent de leurs fourgons et nous encerclent pour nous nasser contre un mur. Nous sommes un peu abasourdi·e·s par le dispositif. Les flics veulent relever toutes nos identités, ce que nous refusons collectivement, nous prenant bras dessus bras dessous pour les empêcher de nous séparer. Soudain nous voyons arriver au loin un cortège étudiant qui scande « Libérez nos camarades ! ». Leur intervention détend l’atmosphère et mettra un terme à la volonté des flics de nous contrôler. Malgré le repli du cortège étudiant à la première sommation, il sera pris en chasse par un escadron de CRS qui foncera dans le tas en distribuant des coups de matraque à la volée. Une douzaine d’étudiant·e·s sonné·e·s sera ainsi ramenée et nassée à nos côtés. Quant à nous, et grâce à elles et eux, l’ambiance avait tourné à la rigolade, la lecture, les chants, et les vannes bien senties fusent. Nous nous retrouvons donc avec une nasse de zadistes, une nasse d’étudiant·e·s, et quelques soutiens parmi lesquels de rares cheminots. Si les flics avaient également nassé les cheminots, nous aurions eu une sorte d’instantané percutant de la politique Macronienne. Il nous faudra trouver des gestes pratiques de rencontre et d’entraide pour que la fameuse « convergence des luttes » dépasse le stade invocatoire. Après une heure, Hulot étant sûrement parti, nous fûmes libéré·e·s et 3 camarades embarqué·e·s, qui seront relâché·e·s aussitôt arrivé·e·s au poste. Sud Rail et la CGT Cheminot nous invite à casser la croûte à leur local pour nous remettre de nos émotions.

16H MAIRIE – UN BUS POUR LA ZAD !
Un rassemblement était appelé devant la mairie à 16h en soutien à la ZAD, et pour mettre la mairie face à ses beaux discours écologistes et ses tweets de la veille pour dénoncer l’intervention policière à NDDL. Nous nous y retrouvons à une bonne centaine de soutiens, et après une petite prise de parole rappelant la situation sur place, nous nous mettons en route pour investir les lieux dans l’espoir de réclamer qu’un bus soit affrété par la municipalité pour se rendre à la manifestation de reconstruction du dimanche. Nous trouvons policiers municipaux, portes closes, et élus, Antoine Back en tête, bourré de condescendance. Visiblement, les théories du complot ont de beaux jours devant elles, notre cher Antoine nous demandant qui nous avait manipulé pour nous faire venir ainsi occuper la mairie alors qu’il n’avait vu personne embêter Nicolas Hulot. Peut-être se trouvait-il à cet instant là trop loin de son côté de la barricade pour ne pas nous voir derrière les rangées de CRS. Après un jeu du chat et de la souris avec les flics sur place, nous parvenons dans le hall des élus, bien obligés de sortir de leur tour d’ivoire pour affronter la plèbe en colère. Nous ne trouvons pas d’écho concret aux belles paroles de leur communiqué, et repartons sans bus pour nous rendre à NDDL.

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Nous terminons ce récit alors que l’occupation du CLV tient bon. Dimanche, une cabane où une personne résidait sur les jardins d’utopie fut incendiée en pleine journée. Le soir, des vigiles débloquaient Stendhal et désormais, 6 personnels de sécurité privé gardent le bâtiment pour empêcher tout blocage.. pendant les vacances. Si prompte à dénoncer la violence et le coût d’effacement des 2 tags sur sa façade, la présidence reste bien silencieuse à la fois sur la violence de cet incendie criminel ou sur le coût de ce gardiennage privé. Au delà de partager le récit très factuel de ce qu’il s’est passé durant ces deux dernières semaines, nous désirions engager nos voix pour qu’elles portent au-delà d’une lutte contre une nouvelle loi restreignant nos possibilités de choisir les vies que nous désirons. Nous sentons qu’une colère monte bien plus haut et qu’une énergie nouvelle, jusqu’alors inconnue, est en train de s’inventer. Jeudi, devant l’ARSH, une banderole annonçait : "Quand tout s’arrête, tout commence". Le temps libéré par les blocages permet alors rencontres, discussions, brise la monotonie du quotidien. C’est le temps et l’espace réappropriés qui permettent dès lors de questionner les évidences d’un destin tout tracé, et de poser ensemble les moyens de mondes qui nous ressemblent. Nous avons connu, depuis plus de dix ans, des mouvements sociaux de moins en moins nombreux et retrouvons aujourd’hui la joie d’être des milliers en AG. A nous d’inventer la force qui saura jaillir de la présence de tous ces gens pour qu’elle renverse un peu plus que la loi Vidal, mais bel et bien le monde qui va avec.



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