Indymedia Grenoble

Sur l’utilisation de la consultation électronique à l’UGA

mardi 24 avril 2018 par anonyme

[Infos locales] [Mouvements lycéens / Etudiants]

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Comme annoncé depuis maintenant plusieurs jours, la direction de l’Université Grenoble Alpes (présidée par Patrick Lévy) a lancé une consultation électronique concernant les mouvements étudiants en cours. Ainsi, tous les étudiants de l’Université Grenoble Alpes (UGA) ont reçu dans leur messagerie étudiante, un message donnant le point de vue de la direction de l’UGA sur la loi ORE ainsi que sur les mouvements étudiants en cours. A la fin de ce message, se trouvait un lien menant vers la plateforme de consultation de l’UGA.

Malgré la bonne volonté de surface dont la direction de l’UGA fait preuve, déclarant à ceux qui veulent bien l’entendre que le but n’est que de connaître l’avis de tous les étudiants et personnels concernés par les blocages en cours, cette consultation pose un très grand nombre de problèmes.

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Elle est hypocrite.

- Il est hypocrite, dans le cadre d’un rapport de force, que l’un des deux protagonistes propose unilatéralement, et selon ses propres conditions une consultation globale en la déclarant impartiale ;

- Il est hypocrite de poser une question qui n’est pas celle au cœur du problème et selon une formulation tellement orientée qu’elle ne laisse aucun doute sur les intentions de ceux qui l’ont écrite (cf. image) ;

- Il est hypocrite de donner les arguments pour l’une des réponses possibles dans le même message que celui donnant les détails techniques du vote sans laisser à l’avis contradictoire le même privilège. Cela dénote de la volonté, si ce n’est de manipuler consciemment, d’influer malhonnêtement sur le scrutin ;

- Il est hypocrite de lancer une consultation sur le mouvement étudiant en cours le lendemain d’une intervention (ayant fait plusieurs blessés) de la Police contre les étudiants bloquants pacifiquement l’entrée d’un bâtiment de l’université.

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Un tel scrutin électronique ne peut pas être considéré comme fiable.

Malgré la déclaration de la direction de l’UGA, les responsables des systèmes d’informations peuvent avoir accès à toutes les informations cruciales relatives au scrutin. Sans remettre en cause l’éthique des employés de l’UGA, à la suite de potentielles pressions ou connivences, n’importe quel échelon hiérarchique entre ces responsables et la présidence peut avoir accès aux mêmes informations.

- Ayant accès à la messagerie des étudiant·e·s et des personnels, la direction peut avoir accès au lien permettant de voter, et peut donc falsifier le vote de toutes les personnes n’ayant pas encore votées ;

- Ayant accès aux messageries des étudiant·e·s et des personnels ainsi qu’à la plateforme de consultation, la direction peut avoir accès à l’identifiant unique censé anonymiser le vote des étudiants.e.s et des personnels et peut donc (en vérifiant les fichiers de journalisation ou simplement en observant le trafic) casser l’anonymat qu’elle prétend assurer ;

- Ayant accès à la base de données où sont stockés les résultats, la direction peut modifier son contenu, et donc le résultat, selon ces envies ;

- Ayant accès à l’hébergement du site internet, la direction peut limiter l’accès à la plateforme de vote à qui elle veut et pendant la durée qu’elle veut, affectant ainsi l’égalité de tous devant le scrutin ;

- Cet accès peut se faire sans que les organismes de contrôle extérieurs puissent le détecter, notamment la CNIL.

Mais cela ne s’arrête pas là. Tout système informatique repose sur des technologies qui sont loin d’être infaillibles. Lors de l’Assemblée Générale des étudiants de l’UGA qui a eu lieu le Mardi 24 Avril à partir de 12h, une intervention rapporte l’existence d’une faille de sécurité permettant à toute personne externe de falsifier un vote. Même sans preuve, cette accusation est crédible au regard notamment de l’absence de transparence de la solution logicielle utilisé par l’UGA (logiciel sphinxonline dont le code source n’est pas public, ne permettant donc aucun audit de sécurité public) ainsi que la présence de mauvaises pratiques dans la mise en place de la plateforme. Dans le cas de failles trop importantes, il est envisageable que la totalité des manipulations décrites précédemment soit réalisable par n’importe qui.

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Aux soucis de transparence, d’impartialité et d’hypocrisie que la consultation lancée par la direction posent, s’ajoute donc de nombreux problèmes de confidentialité mais surtout d’intégrité des données manipulées.

Le procédé mis en place par la direction de l’UGA n’est peut-être qu’une simple consultation des étudiant·e·s et des personnels dans le seul but de gestion interne et n’a pas pour but d’être un énième moyen de communication fallacieux. Si c’est le cas, elle se doit de prendre conscience des problèmes de représentativité et de manipulation soulevés par le procédé de consultation mis en place et d’en tirer les conclusions logiques. Elle se doit donc de garder pour elle les résultats ou, lors de la diffusion de ceux-ci, d’exposer clairement l’ensemble des biais existants.

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Un procédé se déclarant démocratique ne peut agir sans aucun mécanisme de contrôle. De plus ce mécanisme de contrôle se doit d’être effectué (ou d’être potentiellement effectué) par l’ensemble des entités concernées par le procédé.


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