Indymedia Grenoble

Un harcèlement sexiste classe

mercredi 16 mai 2018 par anonyme

[Infos locales] [Féminisme / Genres / Sexualités]

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Depuis le 26 avril, la TAG (Transports de l’Agglomération Grenobloise) fait campagne contre le harcèlement sexiste. Une campagne de communication avec forces affiches, messages de prévention, et marquages au sol dans le tram.

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L’idée est louable, certes ! Mais c’est marrant … juste à côté de l’affiche de la campagne, on trouvait, il y a encore quelques jours, une autre affiche. Cette fois, pour un événement culturel que soutient la TAG. Une exposition intitulée « Venise sur les pas de Casanova » (vous savez, cet auteur du 18e siècle dont le nom est devenu synonyme de séduction). Et qu’est-ce qu’on voit sur cette affiche ??? Une scène explicite de … harcèlement sexiste/sexuel.

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Communiquer, ça ne veut pas dire être cohérent. Mais quand même, c’est peut-être pas mal de vérifier ce qu’il y a sur nos affiches quand on ne veut pas donner l’impression de se foutre des valeurs qu’on affiche. Parce qu’en terme de messages contradictoires, la TAG fait fort. Combattre le harcèlement sexiste d’un côté et le valoriser de l’autre, sous la figure esthétisée d’un prédateur sexuel, sensé incarner ce mâle séducteur que l’art et la littérature n’ont cessé de consacrer.

Et puis, comme on aime bien chipoter…

- Le slogan est peu inspiré : « Le harcèlement sexiste n’a pas sa place dans les bus et les tramways ». Faut-il comprendre que le harcèlement sexiste a une place quelque part, ailleurs ? Ah oui, j’oubliais dans l’art et la littérature. Les Casanova et Don Juan : oui ! Les « frotteurs » du tram et les dragueurs relous : non !

- La réponse au problème s’inscrit encore une fois dans la logique dominante : sécuritaire et répressive. « 1800 caméras de vidéoprotection. Aucun comportement, aucune agression ne nous échappent. Harceleurs, vous êtes filmés » « 75 agents sur le réseau pour intervenir. Pour intervenir et verbaliser tous les comportements et les agressions sexistes ». Contre le sexisme : le flic, la loi, la répression. Il faut punir ! C’est aussi le message que le gouvernement a voulu faire passer en annonçant la création d’une infraction pour « outrage sexiste » punie d’une contravention de 90€. La TAG suit le mouvement en demandant même au gouvernement que les contrôleurs soient autorisés à verbaliser.

- La lutte contre le harcèlement sexiste ne doit pas s’arrêter au harcèlement dans la rue et les transports publics. Ce dernier n’est qu’une partie du problème. Une partie visible certes (plus encore depuis que les médias en parlent et que des associations et des institutions le dénoncent). Mais il ne faudrait pas que la mise en lumière du harcèlement de rue occulte toutes les autres expressions du harcèlement sexiste qui prospère, souvent impunément et loin des projecteurs, dans le huis-clos du couple, au travail, dans les lieux de pouvoir, etc. Et, sans vouloir déresponsabiliser quiconque, il ne faudrait pas que la lutte contre le harcèlement de rue ne soit un moyen de plus de faire la guerre aux jeunes mecs des milieux populaires, déjà sur-stigmatisés. Parce qu’il ne faut pas se mentir, ce sont eux la cible première de la lutte institutionnelle contre le sexisme dans l’espace public (les riches prennent moins souvent le bus !!). Le sexisme qui gêne et qui fait tâche c’est le sexisme d’en bas. Pas celui, raffiné, des Casanova...un sexisme classe, un sexisme de classe qui n’est pas dans le viseur des campagnes de communication contre le harcèlement.



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