Indymedia Grenoble

De Lévydex à l’Idexit, pour un saccage social d’excellence !

dimanche 27 mai 2018 par anonyme

[Infos locales] [Mouvements lycéens / Etudiants]

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Les universités et autres « établissements d’enseignement supérieur et de recherche » grenoblois font couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Les médias locaux et nationaux commentent le mouvement étudiant en s’indignant face aux blocages et aux dégradations de matériels. L’équipe présidentielle de l’Université Grenoble-Alpes (UGA) s’offusque du « saccage » du Centre des Langues Vivantes, occupé depuis plusieurs semaines par des usagers et usagères du campus en lutte.

Pourtant, de nombreuses voix portent d’autres récits de la situation. Elles condamnent les violences commises par les policiers et vigiles envoyés systématiquement par Patrick Lévy, le président de l’UGA, depuis le 22 mars 2018 [1]. Elles s’insurgent face à ses innombrables et ridicules déclarations publiques [2]. Elles critiquent méticuleusement le « modèle universitaire grenoblois », pensé depuis et pour les mondes industriel et militaire [3].

Ces voix pointent un autre « saccage ». Un saccage qui cette fois ne s’efface pas avec un pot de peinture, de l’huile de coude et quelques outils. Un saccage aux conséquences sociales désastreuses qui trie les étudiant·e·s en fonction de leur rentabilité présumée, ferme des bibliothèques, bétonnise les campus et numérise la vie étudiante et le travail des personnels. Bref, un saccage qui inscrit profondément la pensée néolibérale dans nos chairs et manières d’agir.

Ce saccage social est celui mis en œuvre par les édiles du « modèle universitaire grenoblois ». Depuis une bonne décennie, les établissements universitaires se métamorphosent, se regroupent et se renomment au gré de l’évolution des injonctions gouvernementales et commerciales. Depuis 2016, les universités sont regroupées au sein de l’UGA. Avec d’autres établissements de la région, elles constituent la COMUE ou « Communauté Université Grenoble-Alpes ». Ces regroupements ont une vocation triviale et assumée : accumuler un maximum de pognon. En effet, la « fusion » des universités et leur « intégration » dans de grands ensembles, calqués sur le modèle américain, a pour objectif de coller aux attentes gouvernementales pour décrocher un pompon nommé IDEX [4]. À Grenoble, les édiles ont plutôt bien bossé, puisqu’en février 2016 le projet « IDEX Université Grenoble Alpes : université de l’innovation », coordonné par Patrick Lévy, reçoit le précieux label et les 800 millions d’euros qui vont avec [5]. Toutefois, cette labellisation n’est que temporaire. Grenoble reste en « probatoire » et doit continuer à « innover » en se métamorphosant à l’américaine pendant quatre ans pour espérer décrocher l’IDEX définitif en 2020.

Pour se faire une place dans la course aux millions, Patrick Lévy et son équipe ont un nouveau plan de saccage restructurant : l’Université Intégrée ou Université de l’Innovation. L’UI est une « expérimentation dérogatoire » [6] qui « intégrerait », dans une même structure, l’UGA, l’INP, l’IEP, l’ENSAG, le CNRS, le CEA, l’INRIA, le CHU, l’INSERM et l’IRSTEA. Elle fonctionnerait autour de deux conseils : un Conseil d’Administration (CA) et un « Sénat académique ».

Ce plan, est partagé depuis le début de l’année 2018, par voie de presse [7] et par l’organisation de quatre « Assemblées Générales ouvertes à l’ensemble de la communauté », mais pas aux étudiant·e·s.

Lors de la dernière d’entre elles, organisée à Minatec [8], Patrick Lévy se félicitait de la « méthode de co-construction et de concertation » avec des organisations syndicales et différents conseils représentatifs. Cette méthode de concertation est « accompagnée » par l’entreprise SIRIS, une multinationale spécialisée dans le juteux business de l’expertise et du conseil aux universités [9]. Surtout, Patrick Lévy se réjouissait du fait qu’« il n’y [ait] pas de blocage ni de rejet du projet dans son ensemble ».

« On est condamnés à réussir l’université intégrée » [10] ; « d’une volonté collective des scientifiques, de tous les personnels et des étudiants » [11] : voilà comment Patrick Lévy construit le consensus universitaire autour du projet dont il est le coordinateur : en naturalisant, en « fatalisant » l’Université Intégrée, et en s’exprimant en lieu et place de tout les usager·e·s des universités grenobloises.

Pourtant l’équipe présidentielle, comité ultra-minoritaire et radicalisé sous la houlette de Patrick Lévy, se doute bien que son projet n’est pas au goût des rétrogrades primitivistes qui pullulent dans les bibliothèques où il y a encore des livres en papier et dans les UFR de sciences sociales où on fabrique des étudiant·e·s critiques, donc improductif·ve·s. Pour preuve, l’ultime « Assemblée Générale de l’UI », prévue sur le campus, a été repoussée au mois de juin. Certainement pour s’assurer de l’absence d’étudiant·e·s qui n’ont presque plus de partiels ou de cours à cette période de l’année.

Mais détrompe-toi Patrick, nous serons là pour te montrer ce qu’on pense du projet !

Mieux, considérant :
- les graves fautes anti-sociales et mensonges dont tu t’es rendu coupable ;
- ta décision de te maintenir à la Présidence alors que ta démission était exigée par les AG ; nous te notifierons :
- ton licenciement définitif, sans indemnités ni parachute doré ;
- ton interdiction de postuler au Conseil d’administration de l’EUA [12]. et t’organiserons, sans rancune un pot de départ pour te souhaiter un bon repos loin (très loin) de Grenoble.

Retrouvons-nous devant l’Amphi Weil, le 1er juin à 12h45

(733 avenue centrale, 38 400 SMH)

Avec champagne & cotillons !

[1] https://grenoble.indymedia.org/2018...

[2] https://grenoble.indymedia.org/2018...

[3] https://grenoble.indymedia.org/2018... https://lundi.am/De-Frontex-a-Front...

[4] Les Initiatives d’excellence (IDEX) font partie des « investissements d’avenir » (autrefois appelés « grand emprunt »), programmes d’investissement de l’Etat français dont le but est de créer en France des ensembles pluridisciplinaires d’enseignement supérieur et de recherche qui soient de rang mondial. Une vingtaine de sites font partie des IDEX, dont certaines en période probatoire ou interrompues.

[5] Les 800 millions d’euros sont dits « non-consommables ». Seuls les intérêts sont utilisables, soit 25 millions d’euros par an.

[6] Un projet de loi devrait rendre possible ce type d’experimentation d’ici à la rentrée scolaire 2018 : https://www.senat.fr/rap/l17-329/l1...

[7] Quelques articles sur placegrenet.fr, lessor38.fr et dans le Daubé.

[8] Un complexe scientifique spécialisé dans les micro et nano-technologies : https://www.minatec.org/fr/

[9] https://www.sirisacademic.com/wb/

[10] « Patrick Lévy et Lise Dumasy ʽcondamnés à réussir l’université intégréeʼ », Place Gre’net, 17 janvier 2018.

[11] « IDEX : le projet grenoblois lauréat », Université Grenoble-Alpes, 22 janvier 2016.

[12] L’EUA est l’association européenne des universités : https://www.lessor38.fr/patrick-lev...



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