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Vivel politique ! ou La parade du technicien

Vive la politique !
Ou La parade du technicien

Le 12 mai, le premier adjoint au maire de Grenoble affirme dans Grenews : « la vidéo-surveillance n’est pas une politique ». Ainsi, la vidéo-surveillance n’est qu’un « simple outil ». Et lui, qu’est-il, ce politicien qui ne fait pas de politique ? Un simple technicien ?

En France, depuis 2003 et pour notre plus grand malheur, la droite au pouvoir fait de la politique. Elle a démonté les structures sociales, accru le chômage, concentré les richesses. Comment a-t-elle pu remettre en cause de tels acquis sociaux ? En nous occupant, ailleurs, avec une campagne permanente sur la sécurité intérieure. Dans cette politique sécuritaire, la vidéo-surveillance est l’une des priorités du gouvernement, qui veut tripler le nombre de caméras en France. Et pour s’assurer que cette politique soit appliquée, il est également prévu « que si un maire refuse l’installation de la vidéo-surveillance sur son territoire, le préfet puisse se substituer à ce maire » (Sarkozy, discours à Bobigny, 24/11/2009).

A Grenoble, depuis Janvier 2010, et pour notre plus grand malheur, la mairie installe des caméras de surveillance dans les rues de la ville (2). Le maire et son équipe ont d’abord dit que ces caméras n’existaient pas, puis ils ont donné des justifications contradictoires. Mais ce qui ressort de leur communication c’est cette idée, exprimée de façons différentes : « la vidéo-surveillance n’est pas une politique », « elle est un outil comme un autre », « nous sommes ni pour ni contre », « nous l’expérimentons » (3). En somme, pris entre la droite qui veut plus de caméras, et les habitants qui s’opposent à la liberté surveillée, ils ont choisi une parade qui consiste à ne pas choisir. Ils ont choisi la posture de techniciens.

Et ils ont raison. Parce que dans le cadre de la politique sécuritaire menée par la droite, ils sont effectivement d’excellents techniciens. En prenant cette posture, ils neutralisent tout débat d’idées, toute analyse, bref ils dépolitisent le fait d’installer des machines de surveillance sur nos têtes, ou celui d’armer les policiers municipaux dans nos rues. De la même manière, ils refusent d’en porter la responsabilité, puisque si le propre de l’action politique c’est de rendre des comptes, le propre du technicien c’est d’appliquer sans broncher. Mais si MM. Destot et Safar sont bien des techniciens, la vidéo-surveillance, elle, est bien une politique, et l’accroissement des pouvoirs policiers aussi.

Pensez-vous vraiment que, alors qu’on nous annonce qu’il va falloir se serrer la ceinture, dépenser de grosses sommes d’argent public dans des systèmes de surveillance ce n’est pas une politique ? Et qu’armer la police municipale pendant qu’on sape les budgets des MJC et des crèches, ce n’est pas non plus une politique ? Et danser sur le fil du « sentiment d’insécurité », inventé par les politiciens eux-mêmes pour nous occuper pendant qu’ils privatisaient notre système social, c’est juste un outil peut-être ?

L’installation de la vidéo-surveillance à Grenoble, comme ailleurs, est une politique parce qu’elle repose sur une volonté de contraindre les individus à rester aux places qui leur sont assignées par le pouvoir. Alors que les salaires stagnent, que la pauvreté gagne du terrain, que les services publics ont été dévorés par le privé, et que l’exploitation n’a plus de limites, ce sont bien des politiques qui sont à l’œuvre pour éviter la révolte. D’abord l’invention d’un nouveau coupable, l’ennemi intérieur, celui qui est en trop : l’immigré.e, l’adolescent.e, l’insoummi.se, l’anarchiste (4). Puis l’installation de moyens de contrôles : fichiers, flics, caméras, prison, qui sont pour toute la population (5).

Ces élus qui se cachent derrière le masque du technicien, sont-ils à ce point atteints pour croire sincèrement à leur propre farce ? Peu importe, du moment que nous ne les laissons pas jouer leur rôle. Nous reprenons l’espace politique abandonné par ces polichinelles. Et puisqu’ils ont choisi la technique, nous sabotons leurs machines.

Pierrette Rigaux
Grenoble, le 17 mai 2010

(1) Grenews, édition du 12/05/10.
(2) Le Postillon n°4 et 5.
(3) Michel Destot, Le Daubé 11/10/2005, Jérôme Safar, Grenews 29/06/2008, Grenews 22/10/2008, Le Daubé 28/01/2010, Le Daubé 13/04/2010, Grenews 12/05/10.
(4) L’Ennemi intérieur ; Généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Mathieu Rigouste, La Découverte, 2008. A la recherche du nouvel ennemi, Pièces et Main d’œuvre, L’Echappée, 2009.
(5) Terreur et possession, enquête sur la police des populations à l’ère technologique, Pièces et main d’œuvre, L’Echappée, 2008.


Voici aussi une deuxième version de ce texte …

La vidéo-surveillance est un choix politique.
ou La parade du technicien, ou Les techniciens à la parade ...


Jérôme Safar l’a dit. Il l’a redit, et Michel Destot l’avait dit avant lui. C’est leur pirouette préférée. La phrase qui tue, l’argument massue. « La vidéo-surveillance n’est pas une politique mais seulement un outil ».
Et bien justement, si. La vidéo-surveillance est un choix politique, qui se cache derrière une posture de technicien. Et la conséquence de cette politique c’est de dissimuler, de neutraliser et finalement de supprimer la politique.

Posons le décor. Cet hiver, la Mairie de Grenoble intriguait, discrétion de rigueur : elle prévoyait d’installer la vidéo-surveillance sans ne rien en dire. Et puis pas de chance, les habitant.es n’étant pas encore des zombies, ils s’en sont aperçu ! Des articles paraissent, photos à l’appui (1), des textes argumentés sont imprimés et diffusés à travers la ville (2). La première réaction de Destot et sa troupe : les caméras y en a pas, c’est-pas-moi j’ai-rien-fait. Soit : nouveaux articles, nouveaux tracts, et la campagne « Démontons les caméras » prend de l’ampleur (3). Cette fois en face on entend de tout, les caméras y en a, y en a pas, c’est-pour-ci, nan-c’est-pour-ça (4), et les journaux locaux de relayer la soupe à la langue de bois. Pour mettre tout le monde d’accord, le 1er Mai 2010 deux caméras sont châtrées à coup de marteau.

Là, ils ont bien été obligés de lâcher que oui, on installait la vidéo-surveillance. Et depuis, dérangés dans leur timing, acculés par leurs détracteur.euses dès qu’ils sortaient de leur tour d’ivoire (ils osent encore quelque fois), il a fallut trouver La Parade.
Ça danse bien un élu, quand c’est mal à l’aise : un coup à gauche, huit coup à droite, et hop on sert la main à Hortefeux (5). Ils sont marrant, tout coincés dans leur costume, à se demander s’ils seront en photos à côté de ce grand vieillard, ancien du GUD et serviteur irréprochable de la politique d’immigration, du travail et à présent de l’Intérieur. Tellement irréprochable qu’il ne lui restera bientôt plus qu’à prendre la place de son maître. Qu’est-ce qu’on se dit quand on s’affiche à côté d’un type comme ça ?

Hé bien on se dit ceci : c’est pas grave, si je fais tout ça c’est parce que je ne suis qu’un technicien .

Outil, expérimentation, pragmatisme, voilà le vocabulaire qui nous est servi pour faire passer le pack sécuritaire de ce troisième mandat Destot. Quinze ans après s’être installé au fauteuil de maire, ses oreilles sont toutes entières tournées vers l’électorat réactionnaire. Et l’ancien ingénieur du CEA continue de faire ce qu’il a toujours fait : de la technique. Et Safar, l’ancien DRH de Bouygues Construction (6), lui emboîte le pas volontiers, car lui aussi ne conçoit pas la charge politique autrement que comme un métier de gestionnaire. De haut en bas, on cherche à identifier le pouvoir politique, et on ne rencontre que des techniciens, qui ressemblent fort à ces bureaucrates obéissants, ces gestionnaires sans conscience dont on entend sans cesse la rengaine : je ne fais que mon job.

Alors quand les sirènes de la préfecture ont voulu relayer la politique du ministère de l’Intérieur, la Ville de Grenoble a repris en chœur, et travaillé à l’acceptation des habitants. Les organes de « démocratie participative », et notamment les Unions de Quartier, ont servi à justifier la demande sécuritaire. Mais pourquoi ces quelques personnes pilotées par la Mairie se font la voix des Grenoblois ? Parce que les Grenoblois ne veulent pas de la vidéo-surveillance.
Et tandis que le maire chantait à qui voulait bien l’écouter qu’il n’installerait pas les caméras avant d’avoir mis en place le comité d’éthique, il avait déjà payé les entreprises et l’installation avait commencé (7). Le comité sera peut-être bien mis en place (il se trouvera toujours des gens en mal de reconnaissance pour jouer les pantins), mais ce sera pour compléter la mascarade de communication.
Mais les caméras n’étaient que le premier acte : maintenant ils veulent armer la police municipale. Mieux que ça : ce sont les policiers qui réclament des armes. Alors que font les Techniciens ? Ils leurs donnent, bien sûr ! Expérimentons sans préjugés – faisons de la politique sans en assumer les conséquences. Écoutez-les :

– Destot : « C’est un outil qui doit être utilisé de manière raisonnable et raisonnée avec des objectifs précis » (le Daubé, 11/10/2005).

– Safar : « si elles ne sont pas la solution à tout, [les caméras] peuvent représenter un outil » (Grenews, 29/06/2008).

– Safar : « toute nouvelle technologie apporte un plus, il faut être pragmatique » (Grenews, 22/10/2008).

– Sarkozy : « Le ministre de l’Intérieur va déposer ce qu’on appelle la Lopsi au début de l’année prochaine. Il a prévu, je le soutiens totalement, dans ce texte, que si un maire refuse l’installation de la vidéo-surveillance sur son territoire, le préfet puisse se substituer à ce maire » (discours à Bobigny, 24/11/2009).

– Safar : « le dispositif coûte cher – 100 000 euros pour trois secteurs. Je ne suis ni pour ni contre la vidéosurveillance » (le Daubé, 28/01/2010 ; et pour info, aujourd’hui on parle plutôt d’un coût approchant le million d’euros. Mais normal, lui il est pas comptable, il est technicien).

– Un Ouvrier (en train d’installer une caméra) : « on va en poser un peu partout dans la ville […]. Y en a c’est pour la voirie, mais celles-là c’est pour la police » (rencontré dans la rue).

– Safar : « En ce qui concerne les annonces du ministre, on est dans la réaction normale, on envoie des forces de police supplémentaires. Simplement, il faut rester professionnel dans cette gestion du dossier […] pour ce qui est de la vidéosurveillance, je trouverais dramatique que l’on récupère ce qu’il s’est passé à Grenoble pour valider une politique, alors que ce n’est qu’un outil » (le Daubé, 13/04/2010).

– Le Colonel Lecouffe : interviewé après l’affaire du jeune homme poignardé, qu’il n’hésite pas a utiliser pour dire « qu’en tant que professionnel [il] essaye d’en implanter partout où c’est possible » (Télégrenoble, 15/04/2010).

– et enfin Safar : « la vidéo-surveillance n’est pas une politique (...) elle n’est qu’une partie du dispositif (...) et nous attendrons les résultats d’une expérimentation. […] Si on avait mis de la vidéo sans renforcer la présence humaine, on aurait pu associer les deux noms [Safar et Hortefeux]. Là, non. On n’embraye pas le pas du gouvernement (...) La vidéo était dans notre programme de 2008 » (Grenews, 12/05/10).

La vidéo-surveillance n’est pas une politique. La voilà donc cette phrase qui tue, la parade de printemps du conseiller municipal pris sur le fait. Parce que bien sûr qu’en ajoutant des caméras et des flics, les élus locaux mènent une politique sécuritaire et relayent la glissade nationale vers la société policière, mais faudrait pas croire pour autant qu’ils l’assument. Non, eux, ils ne sont que des techniciens. On vous le dit, et on vous le redit : les politiques ne font pas de politique. Eux ils font de la technique. Ils jouent avec des manettes, on en lève une, on baisse les autres, et pis on verra bien ce que ça donne. Bah, faut dire que c’est plus pratique : ils n’ont plus à répondre de rien, ni à rendre de compte à personne.
D’après leur propre avis donc, les politiques ne font pas de politique, ils ne pensent pas, ne prévoient rien, ils évitent à tout prix d’avoir une idée. Tout n’est que manettes, leviers, interrupteurs, et n’allez pas leur demander pourquoi : ils vous diront que c’est ça, ouais, le métier d’élu. Car comprenez, non seulement ils ne feraient pas de politique, mais en plus ce serait devenu un métier.

Vous pensez vraiment que, alors qu’on nous annonce des mesures économiques drastiques, dépenser de grosses sommes d’argent public dans des systèmes de surveillance ce n’est pas une politique ? Et qu’armer la police municipale pendant qu’on sape les budgets des MJC et des crèches, ce n’est pas non plus une politique ? Et danser sur le fil du « sentiment d’insécurité », inventé par les politiciens eux-mêmes pour nous occuper pendant qu’ils privatisaient notre système social, c’est juste un outil peut-être ?

L’installation de la vidéo-surveillance à Grenoble, comme ailleurs, est une politique parce qu’elle repose sur une volonté de contraindre la communauté et les individus à rester dans le rang. Alors que les salaires stagnent, que la pauvreté gagne du terrain, que les services publics ont été dévorés par le privé, et que l’exploitation n’a plus de freins, des politiques sont à l’œuvre pour éviter la révolte. D’abord l’invention d’un nouveau coupable, l’ennemi intérieur, celui qui est en trop : l’immigré.e, l’adolescent.e, l’insoummi.se, l’anarchiste. Puis l’installation de moyens de contrôles : fichiers, flics, caméras, prison, qui sont pour toute la population.

Ces élus qui se cachent derrière le masque du technicien, sont-ils à ce point atteints pour croire sincèrement à leur propre farce ? Peu importe, du moment que nous ne les laissons pas jouer leur rôle. Reprenons l’espace politique abandonné par ces polichinelles. Et puisqu’ils ont choisi la technique, nous sabotons leurs machines.

(1) : Dossier du journal local Le Postillon n° 4.
(2) : Démontons les caméras #1, et d’autres textes tous disponibles sur le site Indymedia Grenoble.
(3) : Démontons les caméras #2 et #3, et d’autres textes, idem.
(4) : Le Postillon n° 5.
(5) : Le Daubé du Mardi 13 avril 2010, p. 3, et Libération du même jour, p. 9.
(6) : Le Journal des Entreprises 38, 6 février 2009.
(7) : Le Postillon n° 4.


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