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Entre hospitalité revendiquée et hostilité larvée envers les exilé·e·s, l’Université Grenoble Alpes balance.
envoyé le 15/10/16 Mots-clés  Migrations / Sans-paps 

Le vendredi 7 octobre 2016 en fin d’après-midi, les présidents des établissements de l’Université Grenoble Alpes envoyaient un communiqué à leurs personnels pour les informer d’une décision de la préfecture. Il s’agit d’accueillir, temporairement, « une centaine de migrants issus du démantèlement de la Jungle de Calais » à partir du 17 octobre 2016. L’accueil de ces exilé·e·s se ferait au sein d’un centre d’accueil et d’orientation (CAO) créé pour l’occasion sur le campus de Saint Martin d’Hères, dans une des deux tours d’Arpej, destinées à une destruction prochaine.

Une solidarité en vitrine et des partenariats dans l’arrière-boutique

Afin de répondre aux interrogations du personnel universitaire (ou à celles que la direction se pose elle-même), une discrète réunion publique était organisée lundi 11 octobre à l’amphi Weil. La préfecture, la direction de l’Université et l’association La Relève, « opérateur » du futur CAO, y présentaient le futur dispositif. Il leur a été rapidement difficile de cacher l’hypocrisie que constitue le fait de cautionner le démantèlement de la « Jungle » et la gestion meurtrière des frontières tout en mettant en avant le principe de solidarité. Il a notamment été solennellement demandé, à la direction de l’Université, de rompre sur le champ ses divers partenariats avec l’industrie militaire ainsi que ceux impliquant des activités impérialistes de prédation de ressources dans des zones de conflit (nucléaire, électronique, etc.). Nous attendions ainsi un acte concret de solidarité avec les exilé.e.s qui fuient trop souvent des zones en guerre. Mise devant ses contradictions, la direction a dans un premier temps évité de répondre. Face à l’insistance de l’auditoire, elle a préféré nier ces implications. Après vérification, une multitude de partenariats sont à recenser. Par exemple, le laboratoire Verimag de l’INPG (installé à PILSI en face d’EVE) travaille en collaboration avec les entreprises suivantes ayant toutes un lien direct avec la production d’armes : EADS, SySGO, Airbus Helicopters, MBDA missile systems, Dassault Systems, Safran.

Hospitalité ou flicage ?

L’université explique « accueillir des migrants de Calais ». Loger des exilé·e·s dans un CAO dans des vieilles tours du campus universitaire est pourtant très éloigné de la définition que nous nous donnons de l’hospitalité. Un CAO est un « centre temporaire d’hébergement d’urgence et d’accompagnement des demandes d’asile ». Ce centre a une durée de vie de un à six mois selon le sous-préfet qui n’a cessé d’insister sur le caractère exceptionnel, temporaire et sécurisé de cet « accueil ». Dans la charte de fonctionnement des CAO, les ministères du logement et de l’intérieur expliquent que ce dispositif s’applique en parallèle des actions de sécurisation de la frontière franco-britannique, actions qui cherchent à déjouer les tentatives d’intrusion illégale dans le port ou le tunnel sous la Manche. Ainsi, « chaque migrant présent dans ces campements doit pouvoir, s’il en manifeste le souhait et s’il renonce à rejoindre illégalement le Royaume-Uni, se voir proposer une mise à l’abri ailleurs que dans les zones d’implantation des campements. » Cette orientation doit permettre aux « migrant·e·s » de reconsidérer leur « projet migratoire », en s’engageant, s’ielles le souhaitent, dans une procédure de demande d’asile.

La Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS) a enquêté sur les CAO mis en place suite au démantèlement partiel du campement de Calais. Elle a rendu en mars 2016 un rapport qui se situe loin des discours pseudo-humanistes portés par les ministères et l’Administration. Les exilé.e.s qui avaient été évacué·e·s de Calais avaient été chargé·e·s dans des bus en direction de CAO partout sur le territoire, sans connaître leur destination avant d’y arriver. Le libre choix des personnes de faire une demande d’asile en France est également clairement contraint. Depuis plusieurs mois, des associations en collaboration avec la préfecture du Pas-de-Calais maraudent dans la « jungle » pour justement proposer cet « accueil » en CAO. Une grande partie des exilé·e·s qui seront déplacé·e·s sur le territoire ont certainement déjà décliné cette proposition et y seront ainsi conduit.e.s de force pour procéder à leur « enregistrement administratif ».

Fusion de l’université et de la police

De cette manière, l’Université Grenoble Alpes collabore avec la Préfecture en installant un véritable centre de tri et de fichage d’exilé.e.s qui ne demandent qu’à pouvoir circuler librement, souvent pour rejoindre le Royaume-Uni. L’UGA participe à l’opération gouvernementale et policière de démantèlement de la jungle de Calais, un espace où se tissent quotidiennement des solidarités et des résistances fortes face à la gestion mortifère des frontières européennes. Solidarités et résistances qui s’instaurent en réaction à des conditions de vie qui bafouent les droits humains les plus élémentaires. La France rejette la responsabilité de sa gestion calamiteuse et inhumaine du campement de Calais sur le Royaume-Uni qui lui délègue la gestion de la frontière. Elle agit pourtant d’une façon aussi décomplexée à Vintimille, à la frontière italienne.

L’UGA n’accueille pas. Depuis des mois, elle communique sur sa prétendue « mobilisation » pour les étudiant.e.s réfugié.e.s et ses dispositifs d’aide à leur intégration alors qu’ils ne concernent que quelques personnes dont la situation a été « régularisée ». Pendant la réunion, des personnels ont d’ailleurs insisté sur le caractère insuffisant et insatisfaisant de cet « accueil ». Nous appelons l’UGA à assumer son rang d’université internationale en mettant en œuvre une politique d’hospitalité ambitieuse, gratuite et sans lien avec une situation administrative pour toutes et tous les exilé·e·s qui souhaitent habiter et étudier à Grenoble. A l’heure où l’UGA récolte les millions de l’IDEX et où des bâtiments sont laissés vacants sur le campus, qu’on ne vienne pas nous dire que cette hospitalité est utopique. Qu’on ne vienne pas nous faire croire que l’accueil éphémère d’une centaine d’exilé·e·s, déplacé·e·s de force, sur un campus de quarante-cinq mille étudiant·e·s est une action humanitaire qui mérite des félicitations.

Nous ne nous laisserons pas avoir par les discours hypocrites et mensongers de l’État et de ses partenaires. Nous apportons tout notre soutien à celles et ceux qui cherchent la paix et le droit de vivre dignement où ielles le souhaitent.

Nous revendiquons la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous ainsi que l’arrêt de la criminalisation de celles et ceux, exilé.e.s et militant.e.s, qui s’organisent à Calais ou ailleurs contre les frontières et pour la liberté de mouvement.

Quand commenceront les expulsions à Calais, rassemblons nous le jour même à 19 heures place Notre Dame pour manifester avec détermination notre opposition à ces politiques mortifères.

REFUGEES WELCOME


envoyé le 15 octobre 2016 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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