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Enseigner au collège en 2016 : État d’urgence, état de guerre

« Qui sait si, un jour, on ne créera pas des Universités pour rétablir l’ancienne ignorance ? »

Lichtenberg (1742-1799)

Jeudi 6 octobre, dans un collège de Nord-Isère.

La corne de brume retentit et dans les classes, les professeurs et les élèves se barricadent. C’est bruyant, la plupart des élèves rient pendant cette interruption des cours. L’opération dure environ cinq minutes puis s’installe un calme plutôt angoissant parfois entrecoupé de bruits de mouvements, rires et autres sons de la vie adolescente. Un quart d’heure plus tard, la corne de brume pousse à nouveau son cri et la journée reprend de façon normale. Ceci était un exercice imposé par le rectorat (et donc le ministère) à l’ensemble des établissements scolaires. Il est diffusé par une circulaire intitulée « vigilance attentats : les bons réflexes » et soutenue par des formations auprès des chefs d’établissement.

AG... de lutte ?

Le lendemain, vendredi, avait lieu une Assemblée générale du personnel. Ce moment est normalement consacré à une réflexion pédagogique ou technique sur le fonctionnement du collège, la réforme, les enseignements et éventuellement les échanges entre le personnel (technique compris) et la direction de l’établissement. Cette réunion dure environ une heure et demi. Sur ce laps de temps, trois quarts d’heure sont consacrés à l’exercice « attentat-intrusion »... TROIS PUTAINS DE QUARTS D’HEURE ! (je vous prie d’excuser cette vulgarité dont une interprétation sexiste serait, me semble-t-il, abusive). Le cœur de cette discussion s’est concentré sur des aspects techniques. C’était un bilan de l’alerte de la veille, en vue d’établir des perspectives pour la prochaine alerte.

Alors il est où le problème ?

Le problème se résume en un mot : propagande. J’ai été le seul dans l’équipe pédagogique à tenter d’apporter un éclairage sur les conséquences psychologiques de ce type d’exercice sur les élèves. Il s’agit pour moi d’un acte politique visant à rappeler à toutes et tous l’état d’urgence et de guerre dans lequel nous nous installons. Il s’agit d’alimenter la peur déjà véhiculée par les discours gouvernementaux et enflée par les médias de masse. Mais bon, je suis sans doute paranoïaque (qui est parano ?). D’ailleurs une gamine a été victime d’une crise d’angoisse durant l’exercice.

À quoi servent les exercices d’alerte ?

Un exercice incendie sert à apprendre à évacuer un établissement en cas d’incendie. Une alerte nucléaire (non pratiquée) sert à confiner l’établissement en cas d’incident dans une centrale voisine. Cependant ces exercices ont une autre vocation auprès des élèves, une vocation « citoyenne » (avec toute la retenue et le scepticisme d’usage pour ce terme galvaudé). Un exercice incendie vise à faire comprendre que le feu peut tuer (sans blague ?) et peut-être aussi qu’un bahut peut cramer (ça donne des idées !!). Un hypothétique exercice de confinement en cas d’accident nucléaire aurait pour conséquence de rappeler aux élèves (et aux adultes) que l’usage de l’énergie nucléaire est une menace pour les sociétés. Bref, n’importe quel exercice est une propagande.

Plus efficace que la propagande des contenus scolaires ?

Ben oui, lorsqu’un élève entend une sonnerie, se lève de sa chaise et se planque dans le silence, c’est extrêmement efficace en terme cognitif et psychologique. L’impact est bien plus important que lorsqu’un prof d’histoire xénophobe raconte ses salades nauséabondes sur l’identité française ou encore quand j’explique que Macdo c’est vraiment une multinationale cra-cra qui empoisonne et la terre et les corps humains pour le profit de quelques actionnaires. Éminemment plus efficace, donc.

Un exercice inutile ?

On peut toujours en discuter, mais est-ce qu’une porte fermée avec un bureau derrière et un silence relatif peuvent empêcher un ahuri-de-son-dieu de faire un maximum de victimes ? Il est plus excitant de discuter des points techniques de cette alerte (sans déconner, les profs se sont crus à Hollywood à écrire un nouveau scénario) que de penser à la réelle efficacité possible de l’exercice et à sa portée psycho-cognitive (c’est comme ça qu’on dit ?). Ce qui est gênant ici, c’est que non seulement les profs se laissent emporter dans la propagande sans crier gare, mais qu’en plus les élèves sont aussi corporellement et instinctivement impliqués. Si vraiment les « autorités » estiment qu’une menace existe et qu’il est possible de se former pour éviter des morts, pourquoi ne pas simplement proposer une discussion/formation pour les personnels des établissements ? Pourquoi impliquer les collégiens dans ce processus, alors qu’ils ne savent même pas tous encore ce que c’est que la propagande et la manipulation de masse ?

Anarchistes de tous pays, devenez profs…

La pauvreté de l’esprit critique dans les équipes de profs et le cadre institutionnel de l’enseignement laisse sceptique sur les évolutions futures pour les milieux éducatifs. Les idées de révolte, l’esprit critique pertinent (ses volets scientifiques et politiques) sont tristement et pauvrement enseignés. Pourtant l’école est un espace potentiel pour la propagande révolutionnaire. Appelez-la « contre-propagande » si vous le voulez (mais cela implique de faire preuve d’une honnêteté intellectuelle constante et totale,... je suis sceptique). Il faut à mon avis « rentrer dedans et pousser les murs ». Ces murs sont ceux, matériels, de la salle de classe, mais ils sont bien présents dans les cerveaux des gamins. Mes propos vont peut-être faire rire certain-es camarades mais à mon sens, être révolutionnaire, c’est tenter de répandre une croyance, celle qui dit que c’est possible et qui dit aussi que c’est souhaitable.

… Ou posez des bombes !

C’est peut-être le moment de s’y remettre. Il faut bien se rappeler le but de cette démarche : ça fait peur aux patrons, ça rend possibles plein de choses et ça nous rend visibles. Aujourd’hui la seule lutte de gauche qui fut un peu visible est le gloubi-boulga de Nuit Debout, un melting-pot de toutes les idées à la mode, une bonne façade. Stratégiquement, c’est une bonne piste, mais rien n’empêche de jouer sur plusieurs tableaux. La dynamite montre de la détermination en même temps qu’elle ré-anime l’espoir et la soif d’avancer. Rappelons tout-de-même que jamais le terroriste anarchiste ne fait de victime au hasard, pas d’enfant ou de gens qui ne soient l’incarnation d’un pouvoir oppressif (comme un prof ??).

Un jeune prof qui se sent déjà vieux avec ses idées d’avant guerre.

« S’il peut y avoir la moindre chance d’atteindre l’oreille de l’autre, ce n’est qu’en donnant le plus de tranchant possible à son propos. Voilà pourquoi le trait est ici accentué. Les temps où l’on pourrait s’en dispenser, où l’on pourrait éviter l’outrance et faire dans la sobriété, ne sont pas encore venus. »

Gunther Anders (De la bombe, 1956)

Tract d’appel à la grêve les jours d’exercice :


envoyé le 2 novembre 2016 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Liste des documents liés à la contribution
Dispositif-de-se(...).jpg
tract-8.pdf

Compléments
  • 4 novembre 2016 21:35

    je sais pas si c’est très malin de donner autant de détails sur ton metier et l’endroit où tu l’exerce, et de finir par un appel à poser des bombes... y a des sites indymedia qui se sont fait embrouiller, et y a des gens qui ont pris de la taule (paf, casier, et paf, plus de boulot) pour moins que ça...


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