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Danse avec l’état – Dénoncer l’exception jusqu’à en oublier la justice
envoyé le 07/05/09 Mots-clés  Répression / Contrôle social  Outils théoriques 

Sans se prononcer sur la défense juridique des présumés saboteurs de caténaires, l’objet de ce texte est de contribuer
aux discussions entamées dans des comités de soutien ; il prolonge la réflexion entamée dans l’article
Briser les prismes de l’État paru dans L’Envolée n°23. Depuis quelque temps, les services de l’État tentent de
renouveler la panoplie de l’ennemi intérieur à la mode « anarcho-autonome » [1]. Vieille figure de la « mouvance », un peu rajeunie façon postmoderne ; vieille méthode aussi, dite « antiterroriste », pour isoler des individus,
empêcher des pratiques, borner le champ des expressions politiques à sa guise. Depuis les années soixantedix,
l’épouvantail « terroriste » agité par les États était rouge ; dans les années quatre-vingt-dix, on lui a fait
pousser la barbe ; aujourd’hui, il se déclinerait aussi en rouge et noir. Pour autant, une critique de l’outil antiterroriste
ne peut pas se faire sans critique de la justice.

Les arrestations de Tarnac et d’ailleurs,
le 11 novembre, sont à
remettre dans leur contexte (voir
l’encart : Du rififi dans le renseignement).
Elles sont un moment spectaculaire
et télégénique d’une campagne
« antiterroriste » qui court depuis plus
d’un an et qui a déjà envoyé derrière les
barreaux plus de dix personnes. Au
moins deux instructions sont ouvertes,
une sur une prétendue « mouvance anarcho-autonome francilienne » (MAAF) et
l’autre sur une non moins hypothétique
« cellule invisible » : des milliers d’heures
de surveillance, d’écoutes, des perquisitions
à gogo, la « sensibilisation » de tout
l’appareil judiciaire au moyen d’une note
ministérielle envoyée aux parquets au mois de juin [2], – et la bonne vieille
parole médiatique mensongère à chaque
arrestation.

Cette presse servile qui s’empressait
depuis un an de reprendre mot pour mot
les communiqués du ministre de l’intérieur
a soudainement fait volte-face, arrêtant
de nous servir la soupe de « l’ultragauche
qui déraille
 » [3] au bout de deux
petites semaines. Le vide du dossier n’est
que la partie émergée – et rabâchée – de
ce retournement, comme si la presse, prise
en flagrant délit de collaboration ouverte,
tâchait de se racheter une conduite en prenant
fait et cause pour des « terroristes du
rail
 » redevenus « présumés innocents »… et chaque gratte-papier d’annoncer un
« Outreau de la jeunesse » [4], de brosser le tableau d’un possible scandale – du fait de
l’identité de classe des accusés : rejetons
lettrés de la classe moyenne, enfants
aimants et choyés de la bourgeoisie, brillants
étudiants... un profil idéal, sur
mesure, pour papa soixante-huitard et
maman bobo (allô ?).

Dans le même temps, un énième et éphémère
mouvement citoyen naissait et se
structurait. Aux proches des inculpés et à
une pléthore de « comités de soutien » du
monde entier se sont agglutinés les partis
d’une gauche institutionnelle en perte de
vitesse, d’innombrables associations de
défense des droits de l’homme et les
débris de l’altermondialisme. De communiqués
de comités de soutien en lettres ouvertes d’intellectuels, une parole
publique unifiée s’est construite : celle de
la confusion politique. Indignée par
l’utilisation d’une procédure antiterroriste
–une arrestation « spectaculaire »
suivie d’une « interminable garde à vue »
puis d’une détention préventive non
moins « disproportionnée »…– la « mouvance
alterno-citoyenne internationaliste
française
 » (MACIF) organise son
discours autour de deux points : la
défense d’inculpés qui seraient attaqués
pour leur mode de vie
alternatif et la mise en
cause de ce qui est décrit
comme une dérive du
droit. Le premier point
permet à beaucoup de gens de se reconnaître,
mais repose sur la notion d’innocence ;
et le second sur la défense d’une
« vraie justice démocratique ».

De la promotion de l’épicerie de campagne
à la présentation des inculpés
comme « de jeunes paysans communistes » ou des « planteurs de carottes » [5],
la défense ratisse large à la manière des comités Bové. Les séparations qui structurent
la société sont magiquement dissoutes :
tous unis, du bobio éthique au
militant syndical, dans un grand tout,
« l’alternative », qui menace le capital à
coups de tofu, de projet positif, de Max
Havelaar et autres keffiehs équitables [6]. Dans ce miroir déformant, une séduction
s’opère : celle de s’y voir comme un danger
politique. Rien n’est plus faux ; que
« l’alternative » lie « des actes et des
idées
 » ou non, elle ne menace, en soi, ni le commerce ni l’État. Croire que c’est à
« l’alternative » que l’État a voulu s’attaquer
à Tarnac, c’est s’en remettre à lui
pour redonner du sens politique à ses
pratiques et à ses idées.

Dans ce discours, il ne reste plus de
place pour les actes incriminés et pour le
sens qu’on pourrait leur donner : des
dommages matériels sur un réseau de marchandises, humaines ou non, et
plus particulièrement sur un train à grande vitesse qui
assure le flux des VRP et sert de produit
d’exportation à un président VRP. Un acharnement judiciaire
s’abattrait sur des jeunes (des victimes !)
non pour ce qu’ils ont fait – ou
pas – mais pour ce qu’ils sont [7]. En se reconnaissant comme victime,
on a toujours perdu. Le
« nous sommes tous des terroristes » devient une formule
d’autant plus rassurante
qu’elle évacue les actes incriminés. Elle
n’est que la dernière variante du sempiternel
« nous sommes tous des innocents ». La réalité de la justice est
niée : encore une fois les « vrais terroristes
 » seraient à chercher ailleurs…Parmi
les « vrais coupables » sans doute.
Derrière sa fausse simplicité, cette
défense est d’une grande complaisance
avec la justice et le système pénal.

Que le pouvoir veuille faire peur avec la
figure du terroriste comme il fait peur
avec d’autres figures fantasmées du danger,
c’est un fait ; par contre, nous ne pensons
pas pouvoir affirmer comme l’a fait
l’éditeur Eric Hazan que l’État « pète de
trouille
 », ni comme tel autre qu’il « a
sans doute raison d’avoir peur que la
situation sociale ne lui échappe
 » [8]. Le
système pénal et la prison n’ont pas pour
objet principal d’enfermer les mouvements
sociaux, de « criminaliser les luttes », ni même « d’éteindre les révoltes
d’une guerre civile qui résonne
 ». La prison
fait bien pire que s’attaquer directement
à une prétendue menace : elle l’empêche de
naître par sa seule existence.
Enfermer les « révoltés »,
l’État le fait… presque au
passage ; mais c’est à tous, et
au quotidien, qu’il s’adresse
intimement. C’est cette
action banale, en profondeur,
qu’il faut attaquer
–sous peine de reproduire
les séparations qui ne servent
qu’à le renforcer. « Le
système pénal est un système qui pénètre
profondément la vie des individus et qui
porte sur leurs rapports à l’appareil de
production. Pour que les individus soient
une force de travail disponible pour l’appareil
de production, il faut un système
de contrainte, de coercition et de punition,
un système pénal et un système
pénitentiaire. Ce n’en sont que des
expressions
 » [9].

Les fondements du code pénal –refondés
par chaque décision de justice– n’ont
changé en rien depuis deux cents ans : la
défense de la propriété privée, la distinction
entre le coupable et l’innocent, l’individualisation
des peines. Le code a
changé, bien sûr… un peu ; les lois se
sont multipliées, et avec elles le champ
des délits et des crimes ; et les peines se
sont allongées. Mais la fonction principale
du système judiciaire reste de juger
un individu et son passé, de construire
son profil : son parcours, sa personnalité,
ses intentions ; de déterminer s’il est
capable du fait pour décider s’il est coupable.
On ne coupe plus la main des
voleurs depuis longtemps : on interroge
leur casier, on écorche leur nom, on
questionne leur enfance, on commente
leur adresse, on responsabilise leurs
parents, on déplore leur chômage ; et on
les condamne plus ou moins. Tous les
outils, toutes les techniques du droit servent
à broyer les corps et les individus.
En cela, ils nous préoccupent plus que
les coups de théâtre orchestrés que l’on
prétend critiquer ici ou là.

Il ne s’agit pas de nier que l’État s’est
doté d’un arsenal de lois, de procédures,
de services spécifiques à l’antiterrorisme.
Cet outil s’est particulièrement restructuré
et modernisé au cœur des années
quatre-vingts dans le cadre d’un durcissement
plus général du droit pénal déjà
qualifié à l’époque de « tournant sécuritaire ». Depuis quelques années, cet outil
s’est perfectionné en s’alignant sur les
législations internationales les plus
dures ; et des centaines de « terroristes »
croupissent en taule. Le droit fait parfois
des bonds. En ce sens, on peut dire qu’il
« s’exceptionnalise » pour se survivre et
faire perdurer l’édifice social tout entier.
Des mesures prises contre des populations
très restreintes –les « pédophiles »,
les « fous dangereux », par exemple–
deviennent parfois la norme, puis la loi,
en s’appliquant à toujours plus de
monde. Pour autant, la description de ce
processus ne rend pas bien compte de
l’ensemble de ce qui fait tourner la
machine pénale au quotidien ; à moins de
considérer chaque « intime conviction »
du juge, chaque condamnation automatisée,
chaque procédure bureaucratisée
comme autant de petites exceptions au
droit. Le mot perd alors tout son sens, et
il faut en changer.

Cette critique d’une « justice d’exception » présentée comme une verrue scandaleuse
sur le nez de la justice ne fait
que renforcer le pilier pénal de la
société. Sans entrer dans le détail des
positions d’intellectuels qui critiquent la
procédure antiterroriste au nom d’une
défense de la démocratie [10], un petit
tableau publié dans les Echos de la
Taïga
 [11] est symptomatique de la (non)
compréhension de la nature profonde du
droit souvent observée dans la défense
des « politiques ». La démocratie menacée
se réveille et se défend, et c’est l’ensemble
du système qui se trouve validé
par ce type de positions. De cette justice
d’exception on finit par se dire qu’elle
est injuste. L’antiterrorisme devient ainsi
une sorte d’abcès, de maladie qui nous
transformerait tous en infirmiers au chevet
d’un droit contaminé par un gouvernement
sécuritaire [12]. Faute de toujours
articuler la critique du « droit d’exception » à celle du droit tout court, on
oublie qu’il n’y a pas plus de justice
d’exception que de justice juste : la justice
est simplement judiciaire.

Dans le cadre de cette grande fiction de
l’exception, certains nous rabâchent le
bon vieux fantasme de la jonction entre
les insoumis dans les prisons, comme si
la taule n’était pas le monde en pire,
comme si la misère et l’enfermement
fédéraient par
eux-mêmes, comme si de
l’humiliation naissait magiquement
la solidarité. La
prison reste le lieu de toutes
les séparations : entre communautés,
entre hommes et
femmes, entre droits communs
et « politiques », entre
braqueurs et pointeurs,
entre longues peines et
« courtes » peines. Que l’on
apprenne en taule à démarrer une voiture
sans les clefs, que ce type de savoir-faire
puisse être très utile, que des amitiés et
des complicités s’y nouent, y compris
dans la révolte… certes. Mais si « le vent
tourne
 » [13], il ne vient pas des prisons ;
il continue plutôt de nous y pousser.
C’est dommage, mais c’est comme ça,
gros ; et le fait qu’une descente spectaculaire
à Villiers-le-Bel ressemble à une
descente spectaculaire à Tarnac n’efface
pas des différences bien réelles. La plus
évidente, c’est qu’il n’y a pas de discours
de l’innocence qui tienne pour une
classe présumée coupable ; c’est valable
pour les personnes inculpées de l’incendie
du centre de rétention de Vincennes
et pour pas mal de vendeurs de shit.

Bien sûr, ici et là, des individus et des
groupes tentent dans leurs textes et dans
leurs actes de dépasser la « question de
l’antiterrorisme » et de lutter contre ce
monde d’exploitation et d’enfermement [14]. Mais partie comme elle est partie, cette drôle de danse avec l’État –la
récente mise en scène du pouvoir, et la
réponse qui lui a été donnée– ne peut que
brouiller le combat contre la justice dont
l’arbitraire quotidien disparaît une fois de
plus derrière un des spectacles qu’elle
produit. Une fois de plus, on nous divertit ;
ni plus ni moins que quand on fait
entrer l’accusé tous les jours dans tous les
logis et dans toutes les têtes.


Du rififi dans le renseignement

Beaucoup de barbouzes ont joué leur survie
dans le dernier avatar de cette baudruche étatique
de l’ennemi intérieur. A l’heure où DST et
RG fusionnaient à grands coups de com’
–Direction de la sûreté du territoire et
Renseignements généraux se retrouvant dans
les nouveaux bâtiments de Levallois au sein de
la SDAT (sous direction antiterroriste)– il a été
question pour certains professionnels du renseignement
de faire valoir un « savoir-faire »
historique : la surveillance des milieux politiques
« à la gauche de la gauche, à la marge des
partis ». Ajoutons à cela « une ministre de l’intérieur
qui a une grande culture historique et
politique et une grande expérience
 », dixit son
communiquant. On peut donc voir, aussi, dans
cette focalisation sur « l’ultra-gauche » un élément
de la recomposition d’un espace politique
« légitime », dans une période où les derniers
mouvements sociaux ont vu se multiplier
des pratiques qui s’émancipent des cadres de
la routine militante.

« D’abord, il faut voir qu’on a employé ce
terme d’ultra-gauche pour bien séparer cette
mouvance de l’extrême-gauche institutionnelle
type Besancenot qui tout en contestant
radicalement la société, ce qui est son droit le
plus strict, s’inscrit dans un processus électoral
et respectueux quand même de la vie démocratique.
Donc c’est pour ça qu’on a parlé
d’ultra-gauche pour qu’on ne fasse pas de
mélange avec l’extrême-gauche.
[...] C’est
simplement une analyse de leurs opinions, de
leurs écrits et de leurs attitudes.
[...] Son expérience
[celle du ministre] l’a amené à dire :
attention, lorsque les partis de gauche contestataires
ou d’extrême-gauche comme le Parti
communiste français s’effondrent et qu’il n’y
a pas pour l’instant, ça viendra peut-être, de
remplaçant, si je puis dire, c’est fréquemment
le moment où on voit surgir une ultra-gauche
radicale en rupture complète avec la démocratie
et susceptible de se livrer à des actes illégaux.
Elle l’a dit, elle avait donc demandé une
certaine surveillance.
[...] Eh bien c’est l’ultra-
gauche actuellement parce que c’est une
période historiquement où c’est plutôt l’ultragauche.
Si c’est l’ultra-droite demain, le même
travail, les mêmes rapports seront faits ; et de
toute façon, la même surveillance est exercée
sur ces milieux ; rassurez-vous, il n’y a pas de
choix politique et il n’y a pas de criminalisation
des opinions, des écrits, des modes de vie,
contrairement à ce qui a pu être dit.
 » (Gérard
Gachet, porte-parole du ministère de l’intérieur
répondant aux questions de Mediapart).

Le tableau serait incomplet sans un criminologue
de plateau télé qui s’impose comme
conseiller du prince, spécialisé dans les petites
et grandes peurs utiles : Alain Bauer. Cet
adepte de « la prévention situationnelle »,
plutôt que de « la tolérance zéro », formé par
le PS rocardien des années quatre-vingt,
vend ses expertises en sécurité aux collectivités
locales et aux boîtes via sa société ABC
(Alain Bauer Consulting). Au sommet de sa
reconnaissance institutionnelle, il s’est fait
offrir en à peine deux ans un Observatoire
national de la délinquance qui publie « enfin
des études de victimation
 » à l’américaine, et
plus récemment encore, une chaire de criminologie
au CNAM (Conservatoire national
des arts et métiers). Il s’est vanté après les
arrestations de Tarnac d’être tombé sur
L’insurection qui vient un après-midi qu’il
baguenaudait à la FNAC, et d’en avoir
acheté quarante. De cette lecture, il aurait
conclu qu’une nouvelle RAF (Fraction
armée rouge) menacerait peut-être, demain,
à nouveau, le silence des pantoufles et en
aurait chié une note immédiatement communiquée
à ses amis des services concernés
avec un exemplaire du bouquin.


Ces deux textes ont été publiés en pages 28-31 de L’Envolée n°25 (mars 2009).


Notes

[1Pour une critique du terme « anarcho-autonome », voir le texte de Léon de Mathis dans
Mauvaises intentions n°2, paru en janvier 2009. Pour une critique plus complète de l’outil « antiterroriste » et une recension de tous les articles
parus depuis un an sur la « mouvance », voir
Mauvaises intentions n°1. L’un et l’autre sont disponibles
en libre téléchargement sur http://infokiosques.net/mauvaises_i....

[2Directive du 13 juin 2008, Direction des affaires
criminelles et des grâces, ministère de la Justice.
« Objet : multiplication d’actions violentes commises
sur différents points du territoire national susceptibles
d’être attribuées à la mouvance anarchoautonome.
[…] Outre des inscriptions réalisées sur
des bâtiments publics, cette mouvance s’est manifestée
par la commission d’actions violentes en différents
points du territoire national au préjudice de
l’État et de ses institutions
[…] et peut afficher un
soutien à d’autres mouvances terroristes.
[…]
D’autres faits relatifs notamment à des jets d’engins
incendiaires contre des bâtiments publics se
sont révélés présenter des liens étroits avec ce
mouvement.
[…] Ainsi, les parquets porteront une
attention particulière à tout fait similaire, notamment
afin d’en informer dans les plus brefs délais
la section antiterroriste du parquet du tribunal de
grande instance de Paris pour apprécier de
manière concertée l’opportunité d’un dessaisissement
à son profit.
 »

[3Pour une analyse détaillée des évolutions du discours
médiatique, on peut lire Le Tigre n°29.
Libération titrait « L’ultragauche déraille » le 12
novembre ; puis Des terroristes ? une semaine après ;
avant de faire sa « une » sur le témoignage exclusif
de l’épicier de Tarnac.

[4Le député PS André Vallini, qui avait présidé la
commission parlementaire d’Outreau, estime le 17
janvier 2009 que « les leçons d’Outreau ne semblent
décidément pas avoir été retenues par la justice
française
 ». Il ajoute le 14 mars 2009, à la suite d’un
nouveau refus de demande de mise en liberté :
« Cette décision va à l’encontre du principe de notre
procédure pénale, qui veut que, même pendant une
instruction judiciaire, la liberté soit la règle et la
détention l’exception
 ».

[5Sur ces trois points, on peut lire respectivement le n°62 de CQFD, la « Mise au point » du Comité
invisible
, qui tente péniblement de faire passer cette
histoire pour un moment stratégique, voire victorieux,
dans « la guerre civile en cours », et la lettre
des parents sur le site internet des comités Tarnac.

[6« De Gaza à Tarnac, terrorisme=résistance »,
proclamait une banderole lors de la manifestation
du 31 janvier 2009.

[7« C’est d’abord la preuve qu’avec la législation
antiterroriste, on peut arrêter n’importe qui pour
n’importe quoi, puisqu’on inculpe les gens sur des
intentions ; c’était d’ailleurs le but de cette législation
 », déclare Eric Hazan, éditeur de L’insurrection
qui vient
 : « Si l’on a mis tant d’efforts à emprisonner
pour terrorisme quelques jeunes paysans communistes
qui auraient participé à la rédaction de

L’insurrection qui vient, ce n’est pas pour délit
d’opinion, mais bien parce qu’ils pourraient incarner
une manière de tenir dans la même existence
des actes et des pensées
 », analysait quant à lui le
Comité invisible dans sa « Mise au point ».
Signalons que nous avons suivi la piste Jakie
Quartz pour retrouver ce fameux comité. En vain.

[8Lettre de Benjamin,
épicier terroriste, sur le
site de Mediapart.

[9Michel Foucault, Prisons et
révoltes dans les prisons
, juin 1973.

[10Sur ce point précis, on
peut lire le texte Tous
Coupat, tous coupables
,
écrit par un autre universitaire, Alain Brossat, qui a au
moins le mérite de ne pas oublier sa critique de la
démocratie à la porte.

[11Bulletin des comités de soutien consultable sur
http://soutien11novembre.org/.

[12« Des scénarios déjà vus dans plusieurs pays au
cours des dernières années (USA, Royaume-Uni,
Allemagne, Italie...) débarquent avec fracas en
France et signent l’entrée dans un régime où l’exception
devient la règle.
 » Lettre de Benjamin publiée sur Mediapart.

[13Lettre de Benjamin,
épicier terroriste, sur le
site de Mediapart.

[14Le 24 janvier, par exemple, une manifestation
était organisée à Paris, dans le quartier de Barbès,
en solidarité avec tous les prisonniers ; « Manifester
dans les rues du 18ème, c’est aussi contre les rafles
de sans-papiers et l’occupation policière qui y a
lieu, distribuer le témoignage de prisonniers de
Villepinte
[…]. Manifester là où nous le voulons
sans en demander l’autorisation nous permet d’aller
à la rencontre des gens, de créer des possibilités
de résistance là où nous vivons et luttons
 » lisait-on
sur un tract.
Dès le départ du cortège, deux cents personnes se
sont fait encercler ; plus de cent vingt ont été
embarquées vers différents commissariats ; sept ont
passé une nuit en garde à vue et sont convoquées
devant le juge le 6 mai à 9 heures pour « refus de
dispersion malgré les sommations
 » ; sept autres,
censées passer en comparution immédiate pour jets
de projectiles, seront jugées le 8 juin au TGI de
Paris ; un huitième a été remis en liberté sous
contrôle judiciaire mais une instruction est ouverte
contre lui pour « dégradation en réunion sur un
véhicule de police
 »

envoyé le 7 mai 2009 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
Compléments
  • Pour lancer une « critique de la critique » de la Justice il serait sans doute intéressant de ne pas en rester au simple constat, aussi juste et urgent soit-il, fait dans cet article, mais de commencer à voir émerger quelques pistes imaginaires. Si on se dégage d’un « État de droit » (là c’est plutôt un État de droite) qui ne respectent pas nos droits, que va t-on construire en lieu et place ?

    Il me semble que commencer par se battre contre les lois d’exceptions, Perben I et II, même si ce n’est pas satisfaisant à long terme, c’est déjà un bon échauffement. Raboter les lois iniques de ces apprentis fascistes reste une noble mission. Après, comment imaginer une société sans État, sans justice, sans prisons ... Méfions nous des visions idéales, comme de vouloir faire le bonheur de tous.


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